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Le pape achève sa tournée politique au Proche-Orient

15 05 2009

En quittant Israël au terme d’une tournée de huit jours au Proche-Orient, le pape Benoît XVI a réaffirmé son attachement à la création d’un Etat palestinien.

Après avoir rappelé qu’Israël devait pouvoir vivre en paix et dans la sécurité, le pape a déclaré que le « mur » de sécurité construit par l’Etat juif pour se prémunir des attentats avait été « une des visions les plus tristes » qu’il retenait de son séjour.

« Les Palestiniens ont le droit à une patrie souveraine et indépendante, à vivre dignement et à se déplacer librement », a-t-il dit. « Faisons en sorte que la solution à deux Etats devienne une réalité et ne reste pas qu’un rêve. »

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Le voyage du pape: Entre politique et religieux, Nicolas Baguelin

Que le pape puisse donner son avis sur des questions de politique est très bien en soi. De ce point de vue, sa visite de 2009 ne diffère en rien de la position du Saint-Siège, telle qu’exprimée par le passé. Deux peuples, deux Etats, le pape ne dit rien de plus ni de moins que les différentes résolutions de l’ONU et le droit international. Il y en a pour les « deux côtés » : condamnation du terrorisme palestinien et de l’antisémitisme, condamnation du mur de sécurité construit par Israël, reconnaissance de la souffrance des réfugiés palestiniens, reconnaissance de la souffrance du peuple juif dans la Shoah. Le pape a aussi condamné l’occupation israélienne, de façon indirecte, en soulignant que le peuple palestinien avait le droit de vivre souverainement sur sa terre et dans un Etat aux frontières reconnues.

Par contre, il n’a pas formulé un tel vœu pour le peuple juif, considérant sans doute qu’Israël est déjà la réponse. Il faut lui accorder le bénéfice du doute. Pour en avoir le cœur net, j’ai fait une recherche dans tous les discours prononcés par Benoît XVI jusqu’à présent, lors de sa visite en Israël et dans les territoires palestiniens. Cette recherche a porté sur le mot « peuple ».

D’abord, j’ai été surpris de constater que l’expression « peuple juif » n’apparaît que deux fois. Une première fois, dans son discours d’arrivée à l’aéroport Ben Gourion et une deuxième, dans son allocution au Grand Rabbinat de Jérusalem. L’expression est absente de son discours de Yad Vashem.

Dans son discours devant le président Shimon Pérès, non seulement l’expression « peuple juif » n’apparaît pas, mais l’idée de peuple est toujours diluée dans des expressions comme « Jérusalem, qui a longtemps été un carrefour pour de nombreux peuples d’origines différentes ». A plusieurs reprises, Benoît XVI, qui présente sa vision onusienne de la résolution du conflit, emploie les termes indéterminés de « cette ville », « cette terre » et « cet État ».

En revanche, on constate que les expressions « peuple palestinien », « peuple de Palestine » sont plus fréquentes et sont associées aux thèmes de la bénédiction et de la protection de Dieu, et même de son élection. Voici quelques exemples.

Dans son discours de départ des territoires palestiniens : « Puisse-t-Il bénir par la paix le peuple palestinien ! ».

Au camp de réfugiés d’Aïda : « Puisse Dieu bénir son peuple avec la paix ! ».

Dans son homélie à la place de la Mangeoire : « vous-mêmes, peuple choisi de Dieu à Bethléem ».

Dans son discours devant Mahmoud Abbas : « J’invoque sur tout le peuple palestinien les bénédictions et la protection de votre Père céleste ». (NDLR : le « Père céleste des Musulmans, si tel est Abbas)

Et voici le peuple palestinien en nouveau peuple élu, béni par Dieu. Dans une perspective chrétienne, il est évident que tous les peuples sont bénis par Dieu, et je ne conteste nullement que le peuple palestinien est inclus dans cette bénédiction, mais, comme le dit saint Paul : « le juif d’abord, le grec ensuite ».

Or, Benoît XVI ne fait pas dans l’équilibre : seul le peuple palestinien a droit aux bénédictions, à la protection divine… – Oubli ? N’est-ce pas plutôt le retour d’une théologie selon laquelle le peuple chrétien, présenté ici sous les traits du peuple palestinien, se serait substitué au peuple juif ?

Je crains que, sous prétexte d’équilibre, il y ait confusion entre des aspects spirituels et des aspects temporels. En effet, le peuple juif, peuple spirituel, élu de Dieu pour une mission propre au milieu des nations, et dont l’Alliance n’a jamais été révoquée, a un lien avec l’Etat d’Israël - medinat israel -, qui est, à la lettre, « un Etat pour les juifs ».

Pour sa part, le peuple palestinien est seulement une entité nationale, dépourvue de fonction spécifique dans la théologie de l’histoire de salut, si ce n’est au même titre que tous les peuples autres que le peuple juif. De ce fait, l’Etat d’Israël a, en quelque sorte, une fonction théologique, au moins en tant que représentant symbolique du peuple juif. Même si une partie de ce dernier n’habite pas sur la terre d’Israël, tous les juifs israéliens ou non, reconnaissent ce lien spirituel et national, à l’instar de tout peuple en exil.

Benoît XVI a, certes, réitéré le geste du petit papier dans le Mur du Temple, mais il n’a pas posé de geste prophétique nouveau par rapport à son prédécesseur Jean Paul II. Il aurait pu souligner cette reconnaissance du lien entre l’Etat d’Israël et le peuple juif, et appeler sur ce dernier la bénédiction, comme il l’a fait pour le peuple palestinien. Le fait qu’il s’en soit abstenu et que,  au contraire, il ait souligné l’élection du peuple palestinien, fait naître un doute légitime sur sa compréhension, non seulement politique – qui n’est pas de son domaine – mais surtout spirituelle, de la nature du peuple juif .

http://www.juif.org/go-blogs-15628.php


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