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Le mystère des cathédrales – 14

30072011

Alors que l’hérésie Albigeoise répandait l’impiété dans la province de Toulouse et s’y enracinait chaque jour plus profondément, saint Dominique, qui venait de fonder l’Ordre des Frères Prêcheurs, s’appliqua tout entier à la faire disparaître. Pour y arriver plus sûrement, il implora par des prières assidues le secours de la bienheureuse Vierge, dont les hérétiques attaquaient la dignité avec une souveraine impudence, et à laquelle il a été donné de détruire les hérésies dans l’univers entier. D’après la tradition, Marie lui recommanda de prêcher le Rosaire au peuple, lui faisant entendre que cette prière serait un secours exceptionnellement efficace contre les hérésies et les vices. Aussi est-il prodigieux de voir avec quelle ferveur d’âme et avec quel succès il s’acquitta de la tâche imposée. Cependant, la bulle Consueverunt romani Pontifices (1569) du pape saint Pie V, y écrit très clairement que Dominique a « inventé et propagé ensuite dans toute la sainte Église romaine un mode de prière, appelé Rosaire ou psautier de la bienheureuse Vierge Marie, qui consiste à honorer la bienheureuse Vierge par la récitation de cent cinquante Ave Maria, conformément au nombre des psaumes de David, en ajoutant à chaque dizaine d’Ave l’Oraison dominicale et la méditation des mystères de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Le rosaire est donc une arme spirituelle, inventé par Dominique pour combattre l’hérésie par la voie des mystères, plutôt que par les Ecritures évangéliques.

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Le Rosaire est une méthode déterminée de prière, dans laquelle on distingue quinze dizaines de salutations angéliques ; elles sont séparées par l’Oraison dominicale, et à chacune d’elles on se rappelle, dans une pieuse méditation, autant les mystères de la rédemption. C’est donc à partir de ce moment que, grâce à Dominique, cette manière de prier commença à se faire connaître et à se répandre ; et les papes ont plusieurs fois affirmé, dans leurs lettres apostoliques, que saint Dominique est l’auteur et l’instituteur de cette forme de prière : Aux Albigeois qui enseignaient que le corps matériel étai: une réalité mauvaise, que le Fils de Dieu n’avait pu prendre qu’une apparence de corps et non pas un corps réel, et qui déniaient à la Sainte Vierge la gloire d’une vraie maternité, on ne pouvait opposer prédication et dévotion mieux adaptées que la dévotion à la Vierge Mère et à l’humanité du Verbe fait chair, et la prédication des mystères du Rosaire rappelant au peuple chrétien les grands épisodes de la vie de Jésus et de sa Mère.

Si les croyances cathares n’étaient pas exemptent de tout reproche, les combattre par le fer plutôt que le verbe fut une grossière erreur. Il eut été plus logique d’affirmer qu’en l’absence de corps il n’y a pas de souffrance, ni de mort, notamment celle de la croix. Cette absence de sacrifice qui couvre le péché une fois pour toute, rend vain le message de l’évangile et le salut de l’humanité.  « C’est pourquoi Christ, entrant dans le monde, dit: tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps; tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché. Alors j’ai dit: voici, je viens Dans le rouleau du livre il est question de moi pour faire, ô Dieu, ta volonté. Après avoir dit d’abord: tu n’as voulu et tu n’as agréé ni sacrifices ni offrandes, ni holocaustes ni sacrifices pour le péché ce qu’on offre selon la loi, il dit ensuite: voici, je viens pour faire ta volonté. Il abolit ainsi la première chose pour établir la seconde. C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes. Et tandis que tout sacrificateur fait chaque jour le service et offre souvent les mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais ôter les péchés, lui, après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu, attendant désormais que ses ennemis soient devenus son marchepied. Car, par une seule offrande, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés » (Hébreux 10: 5-14)

Mais comme le fait remarquer Dominique de  Guzman, qui révèle par-là la vraie nature de l’esprit qui l’anime, que c’est le déni à la Sainte Vierge de la gloire d’une vraie maternité qui lui enlève de facto toute dévotion, qui l’irrite. A ses yeux idolâtres, il y a là blasphème et matière à combattre, d’abord par la prière, puis par le fer. Selon la légende, c’est Dominique de  Guzman qui aurait reçu le Rosaire des mains de la Vierge Marie elle-même. Consacré à Marie, mère de Jésus de Nazareth, il tire son nom du latin ecclésiastique rosarium qui désigne la guirlande de roses dont les représentations de la Vierge sont couronnées. Saluer Marie 50 fois, c’était lui offrir une couronne de fleurs, c’est-à-dire à l’époque un « petit chapeau », un « chapelet », « petit chapeau », ou de rosaire, qui vient de l’usage au Moyen-Âge de couronner de roses les statues de la Vierge, chaque rose représentant un Ave Maria. Le mot « rosaire » quant à lui désignait au Moyen Âge une collection de textes sacrés.

Dans les monastères les religieux, qui ne comprenaient pas le latin, récitaient 150 « Ave Maria » à la place des 150 psaumes de l’office liturgique. On appelait le Rosaire le psautier de la Vierge Marie. Sa lecture est remplacée pour les âmes simples au cours du Moyen Âge par la récitation de cent-cinquante Ave Maria. Comme le dit saint Bernard: « Il n’est pas de doute que toutes les louanges que nous adressons à la Mère de Dieu ne s’appliquent aussi bien à son Fils ; et réciproquement, lorsque nous rendons hommage au Fils, nous ne perdons pas de vue la gloire de la Mère. Si, d’après Salomon : « un fils sage est la gloire de son père » (Pr,10,1), il est plus glorieux encore d’être la mère de la Sagesse ». Saint Bonaventure a aussi écrit des Louanges de la Vierge et un Psautier (petit et grand psautier) c’est-à-dire un Livre des Heures qui est également un recueil de louanges adressées à la Vierge ; mais ce n’était pas encore le rosaire , destiné à remplacer la lecture du psautier de cent-cinquante Psaumes ou des cent-cinquante Pater Noster par cent-cinquante Ave Maria. Saint Bernard a aussi écrit des sermons sur les Mystères qui peuvent être à l’origine de la méditation des Mystères du Rosaire. Les Louanges de la Vierge sont aussi contenues dans les Litanies de Lorette, celle de la Rose Mystique, Rosa Mystica est très connue : mais ce mot de Rosarium (Champ de roses) était déjà utilisé au XVe siècle ; toujours est-il qu’entre les fleurs, c’est la rose vermeille , Reine des Fleurs qui a donné son nom au Rosaire.

Le rosaire est diffusé et popularisé en Europe après les premières croisades dès le XIIe siècle par saint Dominique, auquel l’hagiographie traditionnelle attribue son invention. Ainsi l’ordre des Prêcheurs (ou dominicains) répandit-il son usage qui consiste en un exercice de méditation simple sur les épisodes importants de la vie de Jésus-Christ au travers du regard marial. Un document historique montre Dominique employant victorieusement cette prière dans une célèbre bataille contre les hérétiques. Il s’agit de la première victoire du Rosaire remportée à Muret, près de Toulouse, le 12 septembre 1213, par saint Dominique. Huit cents chevaliers catholiques, appelés par le pape Innocent III, se trouvent en face de 34 000 ennemis environ (des cathares renforcés par des troupes venues d’Espagne avec le roi Pierre II d’Aragon). Dominique monte alors avec le clergé et le peuple dans l’église de Muret, et il fait prier à tous le Rosaire. Cinq mois après l’évènement, un notaire languedocien écrit : Dominicus rosas afferre. Dum incipit tam humilis. Dominicus coronas conferre. Statim apparet agilis. Le notaire note l’humilité de Dominique qui n’hésite pas à prendre la prière du Rosaire (prière très humble, prière du peuple) ; et il note son agilité à achever les couronnes, c’est-à-dire à faire se succéder les chapelets les uns aux autres. La victoire des chevaliers catholiques – menés par Simon de Montfort – est fulgurante et miraculeuse. Les chroniques relatent que les ennemis de la religion tombaient les uns sur les autres ainsi que les arbres de la forêt sous la cognée d’une armée de bûcherons. Tout comme l’épée qui sort de la bouche du Christ, Ap 1:16  de sa bouche sortait une épée aiguë, à deux tranchants,  Dominique fait du rosaire, l’arme dominicaine qui inspire les croisés à combattre les hérétiques.

La pratique se poursuivra dans le temps, au point qu’une fête Notre-Dame du Rosaire a été instaurée le 7 octobre dans le calendrier liturgique catholique à l’initiative du pape dominicain Pie V en 1571, au lendemain de la bataille de Lépante. On cite la victoire que le pontife Pie V et les princes chrétiens enflammés par ses paroles remportèrent, près des îles Échinades, sur le puissant sultan des Turcs. En effet, au jour même où fut remportée cette victoire, les confréries du très saint Rosaire adressaient à Marie, dans tout l’univers, les supplications accoutumées et les prières prescrites selon l’usage. Aussi ce succès a-t-­il été attribué, non sans raison, à ces prières. Grégoire XIII en a lui-même rendu témoignage, et pour qu’en souvenir d’un bienfait si extraordinaire, d’éternelles actions de grâces fussent rendues à la bienheureuse Vierge, invoquée sous l’appellation de Notre-Dame du Rosaire, il a concédé un Office du rite double majeur, à célébrer à perpétuité dans toutes les églises où il y aurait un autel du Rosaire. D’autres Papes ont accordé des indulgences presque innombrables à ceux qui réciteraient le Rosaire et aux confréries du Rosaire.

Le rosaire ne se limite pas à la récitation des prières qui le composent. En récitant chaque dizaine du rosaire, il convient de méditer sur un mystère (soit de la vie de Jésus, soit de celle de Marie). En récitant chaque dizaine du rosaire, il convient de méditer sur un mystère (soit de la vie de Jésus, soit de celle de Marie). Comme l’a souligné le pape Jean-Paul II, l’objectif du rosaire est avant tout de « contempler avec Marie le visage du Christ ». Cette contemplation fait appel à l’imagination, ce qu’Ignace de Loyola appelle une « composition de lieu » : il s’agit de reconstituer dans son imagination et de voir en esprit tel ou tel évènement de la vie de Jésus de Nazareth. Chaque dizaine est l’occasion de méditer un mystère particulier, pour prier d’en obtenir le fruit spirituel. On reconnait traditionnellement quinze mystères divisés en trois catégories : les mystères joyeux (annonciation, visitation, nativité, présentation au temple, vie cachée à Nazareth), les mystères douloureux (l’agonie de Jésus à Gethsémani, la flagellation, le couronnement d’épine, le portement de croix, la crucifixion), et les mystères glorieux (résurrection, ascension, pentecôte, assomption de Marie, couronnement de Marie au ciel). Chaque catégorie comprend cinq mystères, correspondant aux cinq dizaines du chapelet. Ceci permet de réciter une fois en entier le chapelet pour chaque catégorie de mystère, et trois fois le chapelet pour faire tous les mystères – soit un rosaire entier, composé de 15 dizaines, ou 150 prières (150 étant le nombre des psaumes).

De Babylone à Rome, en passant par les cultes égyptiens et grecs, de nombreux cultes comportaient des initiations aux mystères que seul un clergé de prêtres initiateurs avait le pouvoir de révéler aux prosélytes. L’Eglise catholique de Rome ne déroge pas à la règle et les mystères du rosaire n’en sont que la démonstration. Les cultes à mystères babyloniens étaient contrôlés par un clergé puissant. Les prêtres parvenaient à exercer une domination sans partage sur les gens du peuple en leur faisant croire qu’ils étaient les seuls à détenir les clés pour entrer en relation avec les dieux. Avant toute initiation, les prêtres confessaient les participants pour les absoudre et les purifier. Les cultes à mystères se sont répandus dans tout l’Orient : culte d’Isis et Osiris en Egypte, Cybéle et Attis en Phrygie, Adonis en Phénicie, Mithra en Iran. On a retrouvé la trace de ce même cérémonial dans le culte grec d’Apollon à Delphes, connu sous le nom de « Mystères d’Eleusis ». Voici un texte de Théon de Smyrne, écrit au IIe siècle qui explique le principe des religions à mystères : « Il y a 5 parties dans l’initiation, la première est la purification préalable, car ne doivent pas participer aux mystères indistinctement tous ceux qui le désirent, mais il y a des aspirants que la voix du héraut écarte, tels ceux qui ont les mains impures, ou dont la parole a manqué de prudence. Ceux-là même qui ne sont pas repoussés doivent être soumis à certaines purifications. Après cette purification vient la tradition des choses sacrées qui est proprement l’initiation. En troisième, vient la cérémonie de la « pleine vision » (degré supérieur de l’initiation). La quatrième, fin et but de la pleine vision est la ligature de la tête et l’imposition des couronnes, afin que celui qui a reçu les choses sacrées devienne capable d’en transmettre à son tour la tradition à d’autres, soit par la dadouchie (port des flambeaux), soit par l’hiérophanie (interprétation des mystères), soit par un autre sacerdoce. Enfin la cinquième partie est le couronnement de toutes les autres, c’est d’être ami de Dieu et de jouir de la félicité qui consiste à vivre dans un commerce familier avec lui ».

Dominique de  Guzman n’a en fait rien inventé, son action fut de réactualiser une pratique satanique ancestrale, celle de la pratique des mystères religieux. Il a redonné un sens nouveau à ces pratiques païennes et idolâtres en leurs apportant un fond chrétien. Il contribua par cela, à donner son nom de Mère des impudiques : Apo 17 : 4 Cette femme était vêtue de pourpre et d’écarlate, et parée d’or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d’or, remplie d’abominations et des impuretés de sa prostitution. 5 Sur son front était écrit un nom, un mystère: Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre. Ce n’est donc pas aujourd’hui, mais du temps des cathédrales que l’Eglise catholique c’est forgée sa réputation de Grande Prostituée. Mais de les avoir conservé inscrite dans leurs livres de pierre sans les dénoncer, les rend encore plus coupable après des siècles de guerres de religions et d’oppositions systématiques à toute remise en cause de ses pratiques antéchrist.

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Le portail Sainte-Anne de la cathédrale Notre-Dame de Paris est dédié à la vie de sainte Anne, la mère de la Vierge. Il est en fait récupéré de l’église antérieure à la cathédrale actuelle. Il est constitué en grande partie de pièces sculptées vers 1140-1150 pour un portail plus petit. On peut donc distinguer dans l’ornementation du portail Sainte-Anne des pièces du XIIe siècle (le tympan et la partie supérieure du linteau, deux tiers des sculptures des voussures de l’archivolte, les 8 grandes statues des piédroits, le trumeau), et d’autres du XIIIe siècle (partie inférieure du linteau et les autres statues des voussures de l’archivolte). Ce portail est donc parfaitement représentatif de l’esprit qui régnait pendant cette période médiévale.  

Le premier linteau de la porte Sainte Anne est l’illustration de Jacques de Voragine et sa « La légende dorée ». La mère de Marie qui n’apparait nulle part dans la Bible est une histoire inventée de toute pièce à partir de livres apocryphes  tirés des protévangile de Jacques et le Pseudo-Matthieu. La Légende dorée relate précisément la postérité de sainte Anne d’avec son second époux, Cléophas, frère de Joachim (leur fille, Marie Jacobé, épousa Alphée et ils eurent comme fils : Jacques le Mineur, Joseph le juste, Simon le Zélote et Jude), et celle d’avec son troisième époux Salomé (leur fille, Marie Salomé, épousa Zébédée et ils eurent comme fils : Jacques le majeur et saint Jean l’évangéliste). Elle est la sainte patronne trinitemarialemasaccio.jpgdes menuisiers et ébénistes du fait de cette position dans la généalogie du Christ. Il faut savoir que dans les églises, le tabernacle (ouvrage de menuiserie traditionnellement) abrite les hosties consacrées (symbole du corps du Christ). Le corps de la Vierge Marie étant donc considéré comme le premier tabernacle (ayant abrité le premier corps du Christ), et Sainte Anne étant la mère de la Vierge, elle est donc la sainte représentante de ce corps de métier. Elle apparaît souvent dans les représentations de la Sainte Famille et prend aussi le nom de sainte Anne trinitaire (Anne, Marie, Jésus comme dans La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne de Masaccio). La fin du Moyen Âge vit l’apogée de son culte, ce qu’on peut voir par exemple dans la multitude des statues montrant Anne, Marie et l’enfant Jésus, appelées « trinités mariales », en parallèle à la sainte Trinité dont elles visent à souligner le dogme trompeur tout en cherchant à le supplanter.

Le second linteau de la porte Sainte Anne est l’illustration des mystères du rosaire de Dominique et représente les scènes de la venue sur terre du Christ, allant de l’Annonciation jusqu’à l’Epiphanie. Au-dessus, le tympan présente une Vierge en majesté. Autour du groupe comprenant la Vierge majestueuse tenant Jésus-Christ enfant dans ses bras et deux anges, se trouvent deux personnages : un évêque et un roi, qui symbolise l’adoration des ordres religieux et séculier. Les mystères du rosaire représentés dans les sculptures de la base carrée de la tour, rappellent au monde terrestre (symbole carré) que la voie qui mène au ciel (symbole du cercle), est révélée dans la rosace majestueuse qui surmonte les trois portes de la trinité mariale de la cathédrale. Ainsi, le rosarium qui désigne la guirlande de roses dont les représentations de la Vierge sont couronnées, représente le rosaire dominicain, mais renvoie également à la rosace qui place la Mère de Dieu au centre de tout dans la cathédrale Notre-Dame à Paris, mère des église de France.

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Le mystère des cathédrales – 13

25072011

2 Timothée 2 : 3 Que personne ne vous séduise d’aucune manière ; car il faut que l’apostasie soit arrivée auparavant, et qu’on ait vu paraître l’homme du péché, le fils de la perdition, 4  l’adversaire qui s’élève au-dessus de tout ce qu’on appelle Dieu ou de ce qu’on adore, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, se proclamant lui-même Dieu. 5  Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses, lorsque j’étais encore chez vous ? 6  Et maintenant vous savez ce qui le retient, afin qu’il ne paraisse qu’en son temps. 7  Car le mystère de l’iniquité agit déjà ; il faut seulement que celui qui le retient encore ait disparu. 8  Et alors paraîtra l’impie, que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et qu’il anéantira par l’éclat de son avènement. 9  L’apparition de cet impie se fera, par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers, 10  et avec toutes les séductions de l’iniquité pour ceux qui périssent parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. 11  Aussi Dieu leur envoie une puissance d’égarement, pour qu’ils croient au mensonge, 12  afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés.

Selon ce texte de Paul, l’apostasie se construit progressivement pour aboutir au couronnement de l’antéchrist. Deux logiques religieuses vont donc progressivement s’affronter, au fur et à mesure que l’on progresse dans le temps. La logique catholique par le culte aux morts (saints) associé aux miracles et signes qui leur sont attribués et le couronnement de la Reine du Ciel (vierge Marie), qui mènera le monde médiéval au cœur de l’âge des ténèbres. Puis parallèlement, en résistance aux forces du mal, naîtrons les premières formes de retour à la Parole de Dieu, notamment dans le sud de la France avec les Albigeois. L’adversaire va alors s’adapter pour combattre efficacement le renouveau spirituel en cours. Le clergé et ses mœurs corrompues étant la cause première d’une désaffection du peuple du catholicisme, au XIII e siècle naissent des ordres religieux d’un genre nouveau : les  ordres mendiants. Désirant « suivre nus le Christ nu » et soucieux de répandre « la parole de Dieu », ils refusent toute propriété et doivent mendier chaque jour leur pain.  Les  Mendiants  ne  sont  pas  des  moines,  mais  des  frères,  qui  vivent  dans  des  couvents  ouverts  sur  le  monde  et  non  dans  la  solitude  d’un  monastère. Les   Mendiants adaptent  leur  prédication  aux  attentes  d’une  population  urbaine.  Les  deux principaux  ordres  mendiants  sont  les  Dominicains  (ou  frères  prêcheurs)  et  les  Franciscains  (ou  frères  mineurs).  S’ils  défendent  en  grande  partie  les  mêmes  idéaux,  les  premiers  Franciscains  ouvrent  largement  leur  fraternité  aux  laïcs,  alors  que  les  Dominicains  étaient  avant  tout  des  clercs.  Rivaux  et  partenaires,  ces deux ordres ont joué un rôle important dans la pastorale médiévale.

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En  1203,  Dominique de  Guzman  fut  choisi  par  son  évêque,  Diego  de  Acevedo,  pour l’accompagner  dans  une  mission  diplomatique  au  Danemark.  Au  cours  de  ce  voyage, les deux hommes passèrent par le Languedoc et furent confrontés pour  la  première  fois  à  l’hérésie  cathare. Ils y rencontrèrent les légats pontificaux profondément découragés car, malgré leurs  efforts,  la situation évoluait mal pour eux et l’hérésie grandissait. Pour  Diego  et  Dominique,  il  fallait  combattre  l’hérésie  cathare  en  adoptant  les  mêmes méthodes que les hérétiques : une vie austère fondée sur une pauvreté sans faille, de longs jeûnes, et surtout, une grande simplicité dans la prédication. Pendant des mois, ils parcoururent les campagnes, prêchant l’Évangile et luttant

contre  les  cathares :  Dominique  et  Diego  parvinrent  à  convertir  quelques femmes cathares, pour lesquelles ils fondèrent un monastère à Prouille, près de Fanjeaux    eux-mêmes  résidaient.  C’est  la  première  maison  de  moniales dominicaines. Dominique devint leur guide spirituel comme le lui avait demandé Diego, qui repartit dans son diocèse en 1207. Dominique  réalisa  que  seul  un  ordre  religieux  pourrait  donner  à  l’Église  les prédicateurs bien formés dont elle avait instamment besoin. En effet, jusque-là, les  prédicateurs  qui  se  présentaient  n’étaient  souvent  pas  assez  formés  ou tenaces et ils ne remplissaient pas toujours leur mission. Il   prit   également   le   parti   de   combattre   les   cathares   avec   leurs   propres méthodes :  puisque  les  chefs  cathares  étaient  à  la  fois  des  hommes  à  la  vie  simple  voire  austère,  ainsi  que  des  prédicateurs  convaincants  car  bien  formés dans les Écritures, il fallait fonder un ordre qui répondît aux mêmes critères. Ses  membres,  s’ils  restaient  des  religieux  à  part  entière,  pourraient  néanmoins  se consacrer à l’étude de l’Écriture pour pouvoir prêcher efficacement.

Que  des  hommes  se  mettent  en  tête  de  prêcher,  il  n’y  avait    rien  de  nouveau :   avant   les   Dominicains,   des   groupes,   comme   les   Umiliati   en  Lombardie, avaient déjà fait de la prédication (ou du moins de l’exhortation) une de  leurs  prérogatives.  Mais  souvent  ces  groupes  ne  s’alignaient  pas  tout  à  fait sur l’orthodoxie religieuse et faisaient l’objet d’une certaine méfiance de la part de  l’Église.  Avec  les  Dominicains,  l’Église catholique  pouvait  se  doter  d’hommes  bien  formés, capables de prêcher la vérité de la foi catholique avec crédibilité,  et qui étaient en même  temps  soumis  à  son  autorité,  puisqu’ils  appartiendraient  à  un  ordre religieux. En  février  1217  la  bulle  « Justis  petentium »  autorisa  les  Dominicains,  alors  confinés au diocèse de Toulouse, à prêcher dans le monde entier. Cette mesure permit le déploiement de l’ordre dominicain. Ainsi,  pour  la  première  fois,  un  ordre  mêlait  vie  religieuse  et  ministère  de  la  parole  -  ministère  qui  était  jusque-là  l’apanage  des  évêques  -  et  ce  avec  le  soutien affirmé de la papauté, comme le montre les bulles successives. Les Dominicains bénéficièrent du soutien constant du pape ; ils devinrent le fer de lance de la papauté dans la lutte contre l’hérésie cathare et la mise en place de l’Inquisition entre 1231 et 1233.

L’ordre  rayonnait  mais  il  n’avait  pas  encore  de  règles  précises :  pour  établir ces  règles,  l’ordre  devait  se  réunir  en  chapitre.  Le  premier  chapitre  général  fut réuni  en  1220  au  couvent  San  Niccolo  de  Bologne :  il  donna  naissance  à  la Constitution   dominicaine.   Dans   le   prologue,   ils   définirent   leurs   objectifs principaux :  « il  est  reconnu  qu’il  a  été  spécialement  constitué  depuis  le  début pour   la  prédication   et   le   salut  des  âmes,  et  que  notre   étude  doit  être principalement et ardemment dirigée vers ce but avec le plus grand zèle, de telle sorte que nous puissions être utiles aux âmes de nos prochains. » Comme le royaume de Dieu est celui de la conscience, il faut donc convaincre les esprits en pénétrant les cœurs. Si la prédication cathares est inspirée, celle des dominicains ne puisant pas à la même source devra se structurer pour modeler les pensées. Les dominicains vont d’abord se structurer en interne pour être plus efficace en externe. Le  chapitre  de  1220  établit  l’organisation  interne  de  l’ordre :  il  y  a  un maître général (Dominique jusqu’à sa mort),  mais il n’est en fait que le premier parmi  des  égaux  puisque  chaque  dominicain  a  le  droit  de  voter.  On  organise aussi  l’élection  d’un  comité  de  diffinitores.  Le  maître  général  et  les  diffinitores, au nombre de quatre, constituent une sorte de pouvoir exécutif. Le chapitre, qui

se tient une fois par an, est  l’autorité suprême dans l’ordre : autorité exécutive, législative  et  judiciaire,  il  contrôle  tous  les  aspects  de  la  vie  dominicaine  et autorise toute nouvelle fondation. Pour vérifier que ces règles soient appliquées partout,  le  chapitre  disposent  de  visitatores,  chargés  d’aller  voir  sur  place l’organisation de chaque couvent. Bien qu’associé à une province, chaque couvent avait une direction autonome et un  certain  nombre  de  droits.  Chaque  couvent  était  gouverné  par  un  prieur,  élu par  la  communauté.  Le  couvent  était  le  point  de  rattachement  des  frères  qui parcouraient les alentours pour prêcher. Lorsque  mourut  Dominique  le  6  août  1221,  l’ordre  tint  bon :  Dominique  l’avait doté d’une telle armature législative que, malgré la disparition de son fondateur, l’ordre  se  perpétua.

L’exemption  de  la  juridiction  épiscopale  dont jouissaient les frères, développa contre eux l’hostilité du clergé séculier. Mais, la véritable crise eut lieu au sein de l’université. En effet, si les Dominicains avaient été plutôt bien acceptés par les universités, ils n’en avaient cependant jamais fait réellement partie : dépendant strictement de leur   ordre,   ils   ne   participaient   pas   aux   grèves   des   universitaires   et   ne demandaient  pas  d’honoraires  pour  les  cours  qu’ils dispensaient. Les Dominicains  comprirent  rapidement  qu’ils  devaient  créer  leurs propres  structures  pour  pouvoir  prêcher  dans  les  villes.  En  effet,  dans  les années  1240,  les  Mendiants  réalisèrent  que  les  prêtres  séculiers  ne  voulaient pas  les  laisser  prêcher  dans  leur  église ;  ils  se  mirent  donc  à  construire  leurs propres  églises  conventuelles,  sobres  avec  des  nefs  uniques  et  spacieuses, capables de contenir beaucoup d’auditeurs.  La popularité des  Prêcheurs  s’accrût  lorsqu’ils obtinrent  le droit  d’accorder des indulgences, de célébrer pendant les interdits et d’enterrer les fidèles dans leurs églises. D’habitude, les frères prêchaient dans leurs propres églises ou dans les églises paroissiales lorsqu’on le leur permettait. Peu à peu, la prédication s’organisa :  à

chaque  couvent  correspondait  un  territoire  défini  -  une  diète  -  dans  lequel  les frères du  couvent  prêchaient  régulièrement, spécialement  pendant  l’Avent et  le Carême. On  constate  que  cet  ordre    du besoin  urgent  de  prédicateurs  qualifiés  et  respectueux  de  l’orthodoxie,  a  su  se développer et avoir une influence importante au XIIIe siècle. Si l’ordre a eu un tel succès  dans  son  ministère  pastoral,  c’est  justement  parce  qu’il  a  très  tôt  mis l’accent  sur  une  excellente  formation  de  ses  frères,  et  c’est  ce  qui  fait  la particularité de l’ordre dominicain.

Au  XIIIe siècle,  les  Dominicains  et  les  Franciscains  vont dominer  l’histoire  de  la  prédication  et  composent de nombreuses collections  de sermons-modèles, comme  l’a bien montré David D’Avray dans The Preaching of the Friars: Sermons diffused from Paris before 1300. Ils diffusent par la même occasion la technique du  sermo modernus,  qui,  comme  son  nom  l’indique,  est  un  sermon  d’un  nouveau  genre, par  opposition  à  l’homélie.  Jusqu’aux  XIIe – XIIIe siècles,  l’homélie  est  la  forme  classique  du  sermon ;  elle  consiste  en  l’explication  progressive  d’un  passage scripturaire.  Au XIIIe siècle,  l’homélie  est  supplantée  par  le  sermo  modernus (notamment en Italie), reconnaissable à sa structure : le sermon a pour base un  court  extrait  emprunté  à  la  Bible  ou  à  la  liturgie  (le  thema).  Puis,  le développement se fait en divisant le thème (divisio) en « distinctions » et « sous-distinctions »  qui  expliquent  le  sens  caché  des  mots.  Cette  structure  des sermons  du XIIIe siècle  doit  être  rattachée  au  contexte  intellectuel  dans  lequel de  tels  sermons  ont  été  composés.  Les  recherches  d’Erwin  Panofsky ont montré  qu’il  y  avait  des  correspondances   formelles  entre  les  cathédrales gothiques  et  les  sommes  théologiques :  la  cathédrale  gothique  est  divisée  en parties et manifeste un souci de symétrie et de parallélisme, une recherche de clarté que recherchent aussi les maîtres de la scolastique. Ce type de structure relèverait d’une « habitude mentale » propre au XIIIe siècle. Les esprits modelés par l’enseignement catholique, se retrouvent donc comme projetés dans les bibles de pierre de leurs édifices religieux.

Etant  donné  que  la  mission  première  des  Dominicains était   la   prédication,   les  ouvrages/outils   pastoraux   étaient   d’une   grande importance  au  sein  des  établissements  dominicains.  Les  Mendiants,  et  en particulier les Dominicains, furent à l’origine de nombreux ouvrages qui aidaient à  la  prédication.  Pourquoi  un  tel  engouement  pour  la  rédaction  de  matériaux pour prédicateurs ? Tout simplement parce que chaque couvent devait posséder une  vaste  collection  de  ces  outils :  sermonnaires,  concordances  bibliques, distinctions, recueils d’exempla (« brefs récits,

historiques  ou  anecdotiques,  propres  à  édifier  l’auditeur  tout  en  retenant  son attention. ») L’écriture  de  ce  type  d’ouvrage  n’était  en  quelque  sorte  que  le  prolongement logique  d’une  vocation  pastorale. Les frères  de  l’ordre dominicain,  ordre du savoir  par excellence, écrivirent beaucoup, et ils ne se limitèrent pas à ces outils pour prédicateurs. Ils  écrivirent  évidemment  des  ouvrages  de  théologie,  comme  la  très  célèbre Somme  théologique  (vers  1270),  dans  laquelle  Thomas  d‟Aquin  opère  une synthèse entre la foi et la raison. Mais, sensibles à la vision augustinienne selon laquelle  l’univers  pourrait  révéler  la Sacra  Pagina,  ils  rédigèrent  aussi  de

nombreux  ouvrages  scientifiques :  Très  tôt,  les  Dominicains  écrivirent  des compendia de sciences naturelles, d’abord par intérêt personnel, puis parce que ces  compendia  pouvaient  servir de  source  d’inspiration  pour  les  prédicateurs, qui  aimaient  développer  dans  leurs  sermons  des  métaphores  à  partir  des éléments  de  la  nature.  Ainsi,  Albert  le  Grand,  outre  ses  œuvres  théologiques, écrivit-il   sur   les  animaux,   les   végétaux,   les  minéraux… Grâce  à  tous  ces  ouvrages  s’élabora  peu  à  peu  un  corpus  textuel  dominicain, parfaitement  servi  par  un  réseau  efficace  de  bibliothèques  bien  dotées  et facilement accessibles.

La tradition dominicaine attribue à Dominique la dévotion particulière que l’ordre vouait à la Vierge : dans sa Legenda (1246-1248), Constantin d’Orvieto affirme que Dominique a confié l’ordre au patronage spécial de Marie. Dès le début donc, les Dominicains eurent la conviction d’avoir un lien particulier avec  la  Vierge, ce qui est normal quand on sait qui se cache derrière cette image de pureté:  très  tôt,  certains  d’entre  eux  attribuèrent  même  la  création  de l’ordre  à  l’intercession  de  Marie.  En  effet,  plusieurs  récits  relatent  des  visions dans  lesquelles  la  Vierge  plaide  en  faveur  des  hommes,  face  à  un  Christ  en colère :  finalement,  Marie  obtient  gain  de  cause  en  promettant  que  les  frères Prêcheurs régénèreront le monde. Parmi ces auteurs, on compte Jean de Mailly et  son  Abrégé  des  Gestes  et  miracles  des  saints  (vers  1240),  Thomas  de Cantimpré  et son Bonum Universale de Apibus (1256-1263), Gérard de Frachet et  ses  Vitae  Fratrum  (vers  1260),  mais  surtout  Jacques  de  Voragine  dans  la Légende dorée (vers 1263-1267). Par conséquent, entrer  dans l’Ordre des Prêcheurs, c’était en quelque sorte se  « mettre au service de Marie, en même temps qu’au service du Christ ».  Ainsi dans  la  formule  de  profession  des  Dominicains  (établie  en  1220),  inspirée  des formules  canoniales des Prémontrés, le frère promet une obéissance illimitée à Dieu et à la Vierge :  Moi, [nom], fait profession et promet obéissance à Dieu et à la sainte Vierge Marie et à toi, [nom],  maître de  l’ordre  des Prêcheurs, et à tes  successeurs, en  accord  avec  la  règle  de  saint  Augustin  et  des  Institutions  des  frères  de l’ordre  des  Prêcheurs,  que  je  serai  obéissant  envers  toi  et  tes  successeurs jusqu’à la mort.

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Créé  pour  lutter  contre  l’hérésie attaché à l’évangile,  l’ordre  dominicain  trouvera  en  Marie  une alliée  de  choix  pour  promouvoir  l’orthodoxie catholique.  En  effet,  Marie  a  largement  été utilisée  au  Moyen  Âge  comme  une  figure  de  lutte  contre  les  hérétiques, et tout spécialement contre les juifs. Ainsi, on trouve au XIIIe siècle, de très nombreux exemple qui mettent en scène Marie intervenant contre les juifs, considérés à cette époque comme les ennemis de Marie, car c’est par leur faute que la Vierge a souffert. Dans ces exemple, Marie apparaît beaucoup plus active qu’auparavant :  elle  lutte  contre  le  mal  et  expose  sa  souveraineté.  L’image d’une  Marie  plus  vindicative  se  retrouve  d’ailleurs  dans  le  Liber  marialis  de Jacques de Voragine. Par ailleurs, si Marie est une figure si importante pour lutter contre les hérésies,  c’est parce que justement les dogmes concernant la Vierge étaient ceux que les  hérétiques mettaient le plus souvent en cause.  Ainsi,  prêcher  sur  la  Vierge  et  promouvoir  son  culte,  c’est  lutter  en quelque sorte contre les hérétiques. Les Mendiants ont contribué à développer le culte marial auprès des laïcs : par leurs  sermons,  souvent  prêchés  en  langue  vernaculaire,  ils  ont  rendu  familière  l’image de  Marie aux  laïcs. Par  leurs  recueils de sermons, écrits  généralement en latin, ils ont été des sujets de lecture ou de méditation pour leurs lecteurs, ce que  Michel  Zink  a  appelé  la  « prédication  dans  un  fauteuil ».  Un  ouvrage comme La Légende dorée, a pu contribuer au développement de ce culte marial, puisqu’il raconte avec les histoires des saints, la vie de Marie, de sa naissance à sa mort « inhabituelle ».

Les dominicains au Moyen Age ne se contentent pas de juger, condamner et massacrer tout ce qui s’oppose au catholicisme ; ils donnèrent la base littéraire et scolastique qui fonda sa doctrine. Un savant comme Thomas d’Aquin apporta la base théologique et Jacques de Voragine (1228 – 1298) « La légende dorée » des saints catholiques. L’auteur de la Légende Dorée était, un des hommes les plus savants de son temps. Né en 1228, il avait seize ans lorsque, en 1244 En 1244, la même année que Thomas d’Aquin, il entra dans l’ordre des Frères Prêcheurs.

La Légende dorée (Legenda aurea) est un ouvrage rédigé en latin afin de pouvoir être diffusé dans toute l’Europe sans que les barrières des langues soient un obstacle, entre 1261 et 1266 par l’archevêque de Gênes, qui raconte la vie d’environ 150 saints ou groupes de saints, saintes et martyrs chrétiens, et certains épisodes de l’année liturgique, commémorant notamment la vie du Christ et de la Vierge. La Légende Dorée est, essentiellement, une tentative de vulgarisation, de «laïcisation», de la science religieuse qui cherche à justifier le culte des saints et des reliques. Bien d’autres théologiens, avant Jacques de Voragine, avaient écrit non seulement des vies de saints, mais des commentaires de toutes les fêtes de l’année. Le Bréviaire, par exemple, dès le XIe siècle, avait été compilé, à peu près sous sa forme d’aujourd’hui, avec des leçons équivalant aux chapitres de la Légende Dorée. Jacques de Voragine a puisé dans tous les textes classiques de la littérature religieuse du Moyen Âge, notamment les livres apocryphes.  Initialement intitulée Legenda sanctorum alias Lombardica hystoria, qui signifie littéralement « ce qui doit être lu des saints ou histoire de la Lombardie », cette œuvre est rapidement appelée Legenda aurea car son contenu, d’une grande valeur pour les croyances catholiques basées sur des mythes et légendes, est dit aussi précieux que l’or. Outre les vies de saints, environ 40% de la Légende dorée est consacrée aux explications des principales fêtes religieuses catholiques.

Il n’y a peut-être pas de livre qui ait été plus souvent copié et traduit au Moyen Age. Toutes les bibliothèques du monde en possèdent des manuscrits, dont quelques-uns comptent parmi les chefs-d’œuvre des deux arts de la calligraphie et de l’enluminure. Et lorsque, deux cents ans après, l’imprimerie vient se substituer à ces deux arts pour les anéantir, c’est encore la Légende Dorée qu’on imprime le plus. Les catalogues mentionnent près de cent éditions latines différentes, publiées entre les années 1470 et 1500: sans compter d’innombrables traductions françaises, anglaises, hollandaises, polonaises, allemandes, espagnoles, tchèques, etc. Du treizième siècle jusqu’au seizième, la Légende Dorée reste, par excellence, le livre écrit pour le peuple. Il n’y a peut-être pas de livre, qui ait exercé sur le peuple une action plus profonde. Car le «petit» livre de Voragine, une épithète que tous les auteurs anciens s’accordent à lui attribuer, a été, pendant ces trois siècles, une source inépuisable d’idéal pour le catholicisme. En rendant la religion plus ingénue, plus populaire, et plus pittoresque, il l’a presque revêtue d’un pouvoir nouveau: ou du moins il a permis aux âmes d’y prendre un nouvel intérêt, et pour ainsi dire, de s’y inspirer plus profondément. Tout de suite les nefs des églises se sont peuplées d’autels en l’honneur des saints et des saintes du calendrier et les tailleurs de pierres se sont mis à sculpter, aux porches des cathédrales, les récits de la Légende Dorée, les peintres, les verriers, à les représenter sur les murs ou sur les fenêtres. Entrez dans une vieille église de Bruges, de Cologne, de Tours ou de Sienne: toutes les œuvres d’art qui vous y accueilleront ne sont que des illustrations immédiates; littérales, de la Légende Dorée qui a fait des églises catholiques la bible de pierre pour les laïcs.

Au  XIIIe siècle,  le  culte  marial  a  pris  une  telle  importance,  que  naît  un genre  spécifique  consacré  à  Marie ;  il  regroupe  sous  le  nom  de  Mariale  des écrits  très  divers  tels  que  des  miracles  de  la  Vierge,  des  sermons… Les prédicateurs  se mettent à composer des recueils de  sermons sur  la  Vierge ; le premier Mariale a été composé par Bartholomée de Brégance: il est composé de 127 sermons consacrés aux quatre fêtes de la Vierge. Bartholomée l’a écrit pour  « communiquer  son  expérience  et  accumuler  un  matériel  proposé  aux autres ». Le  Liber  marialis  est  une  des  œuvres  les  moins  connues  de  Jacques  de Voragine mais complète logiquement la Légende Dorée en portant Marie au pinacle.  Il  a  eu  plusieurs  titres  au  cours  du  Moyen  Âge : Sermones  aurei  de Maria  Virgine  Dei  matre,  Liber  marialis,  Mariale,… Le  Liber  marialis  est  en  effet  un recueil de 160 chapitres qui ont une structure qui ressemble fortement à celle du sermo  modernus :  chaque  chapitre  a  pour  point  de  départ  une  image  ou  une fonction à laquelle peut être comparée la Vierge. La plus grande partie des chapitres sont consacrés aux qualités de la   Vierge   (par   exemple :   sa   beauté,   son   humilité,   sa   bonne   odeur,   son courage…) et aux fonctions qu’elle peut avoir ( elle est l’avocate, la médiatrice du genre humain, la mère du Christ…). On trouve aussi des chapitres consacrés aux  fêtes  de  la  Vierge  (Annonciation,  Assomption,  Nativité  et Purification)  et notamment à la salutation angélique. Les  autres  textes  ont  tous  pour  point  de  départ  une  comparaison  de  la  Vierge avec un élément réel : l’eau (la mer, la fontaine…) et la terre, les réceptacles en tout  genre  qui  représentent  bien  l’idée  de  la  Vierge  comme  ventre  de  Dieu  (le vase, le temple, le cratère…), des éléments corporels (le cou, la main, le sein), des  éléments  célestes  (l’étoile,  la  lune,  le  nuage…),  le  jour  et  la  lumière,  des animaux  (l’éléphant,  l’abeille,  la  poule…),  des  objets  ou  constructions  issus  de l’artisanat ( le miroir, l’aqueduc…), des végétaux très divers (palmier, cannelle, rose…), etc… Jacques  de  Voragine  a  sans  doute  écrit  son  Liber  marialis  pour  qu’il  soit diffusé  au  plus  de  monde  possible.  En  effet,  dans  son  prologue,  il  parle  de « quilibet », c’est-à-dire « n’importe qui » : on ne peut trouver plus vague… Pour atteindre  un  tel  dessein,  la  simplicité  du  discours  était  nécessaire.  Le  Liber marialis  utilise  donc  des  schémas  simples  et  souvent  répétitifs,  à  la  portée  de tous.  Il semble bien qu’au XIII e siècle, la comparaison entre la Vierge et des végétaux comme point de départ d’un sermon ou d’un texte de méditation soit devenue banale, vulgarisé par des ouvrages comme les Postilles d’Hugues de Saint-Cher qui diffusent cette manière de penser et de rédiger : on annonce que la Vierge est comparable à tel végétal, et il s’ensuit une énumération logique et précise des raisons de cette analogie, parsemée de citations bibliques.

 jacquesdevoragineprechant.jpgFaire de la nature le point de départ d’une comparaison avec la Vierge n’a rien d’étonnant  au  Moyen  Âge.  En  effet,  le  langage  métaphorique,  pratiqué  dès l’Antiquité,  connaît  son  plus  grand  développement  au  cours  du  Moyen  Âge. L’usage  de  métaphores  dans  la  littérature  médiévale  est  très  fréquent  et correspond  à  un  mode  de  pensée  propre  au  Moyen  Âge,  et  auquel  nous sommes quelque peu étrangers aujourd’hui. En effet, le Moyen Âge considère que tout ce qui a été créé par Dieu « renvoie au créateur,  conservant  le  reflet  de  sa  perfection ».  La  contemplation  du  monde, création  divine,  peut  donc  mener  à  la  connaissance  des  vérités  spirituelles.  Pour Augustin,  grâce  à  la  réalité  sensible  du  signe  (« une  chose  qui  en  plus  de l’impression qu’elle produit par les sens, fait venir une autre idée à l’esprit. »). Par conséquent, on peut dire que le Moyen Âge perçoit une double révélation divine, à la fois  dans  la  création  visible  (le  liber  naturae)  et  à  travers  l’Écriture  (le  Livre  par excellence).  Cette  idée  du  livre  de  la  nature  a  un  grand  succès  au  Moyen  Âge:  de nombreux  écrits  patristiques  et  médiévaux  traitent  de  la  nature  sous  un  angle religieux. Par conséquent, l’intervention fréquente de la nature dans un discours religieux  maintient  le  public  chrétien  dans  une  certaine  familiarité  avec  l’idée d’une nature mise au service de la connaissance du message divin.

Les images et les similitudes jouent donc un grand rôle dans la prédication du Moyen Âge, surtout à partir du XIIe siècle. La nature s’impose aussi peu à peu dans l’iconographie : au XIVe siècle, la nature prend une place importante dans l’iconographie occidentale et la métaphore du jardin clos (« hortus conclusus ») pour   désigner   la   virginité   de   Marie   s’est   généralisée.   On   voit   alors   de nombreuses images qui montrent la Vierge au milieu d’un jardin. Les métaphores végétales à propos de la Vierge se retrouvent souvent dans des commentaires  du  Cantique  des  Cantiques,  texte biblique  souvent  associé  à Marie  à  partir  du  XIIe siècle. Mais la métaphore la plus connue et la plus répandue est sans nulle doute celle de l’étoile de mer (stella maris) mise en forme par saint Bernard de Clairvaux au XIIe siècle et qui n’a cessé d’être reprise, entre autres par Voragine. De  plus,  Jacques  de  Voragine  compare  la  Vierge  à  l’arbre  céleste  et  au  jardin des délices, deux éléments qui n’ont d’existence que dans l’univers mental des hommes  du  Moyen  Âge.  La  comparaison change  alors  quelque  peu  de  niveau puisqu’elle ne cherche véritablement plus à toucher au sensible. Dans ces deux cas, il s’agit de comparer la Vierge à des éléments qui sont le fruit d’une culture et d’une éducation exclusivement religieuse.

Pourquoi de telles comparaisons entre la Vierge et des végétaux ? Quels sont les principaux liens que Jacques de Voragine établit entre ces deux entités ? Le premier  rapport  qui  vient  immédiatement  en  tête,  c’est  la  fécondité.  Marie, considérée  avant  tout  comme  « mère  de  Dieu »  («Theotokos »)  depuis  le concile d’Ephèse (431), est perçue en partie à travers son fils. Le monde végétal appartient à l’imaginaire de la fécondité ; le fruit de l’arbre est le fils de la Vierge. Cette  analogie  est  évidente  et  utilisée,  on  l’a  vu,  chez  Voragine.  Ainsi,  les chapitres sur les végétaux consacrent presque tous une partie au « fruit » de la Vierge. Un  autre  aspect  important  du  culte  marial  au  XIIIe siècle,  est  le  rôle  de protectrice  que  tient  la  Vierge. Marie est la médiatrice par excellence, elle apporte une protection  spirituelle  à  quiconque  veut  se  recommander  à  elle.  La  Vierge  du Liber  marialis  est  avant  tout  protectrice :  elle  soigne  les  péchés  et  lutte  contre les  démons. L’imagerie  végétale  permet  aussi  de  montrer  la  Vierge  sous  ses  deux aspects : mère du Christ et Vierge de douleur. Le Liber  marialis est  donc  un  bon  exemple  de  la littérature mariale du XIIIe siècle ; il montre combien les frères mendiants étaient soucieux de la diffusion du message doctrinal, tout en se mettant à la portée des laïcs. Il est fondamentale de comprendre ces notions de bases médiévales, pour mieux appréhender les motifs gravés dans les livres de pierre des édifices religieux catholiques. Ils n’ont pas pour but d’enjoliver les murs avec de jolis motifs, mais ils renvoient toujours métaphoriquement à une base doctrinale que l’on retrouvait dans la prédication des offices. C’est parce que tout cela a été oublié, qu’aucune étude sur les cathédrales n’est pertinente sans ce rappel préalable. Tout cela est bien plus développé dans cette étude dont je m’inspire aujourd’hui : http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/document-48721




Le mystère des cathédrales – 12

20072011

Dans sa quête médiévale pour supplanter la Vierge au Christ, la légende de saint Théophile a joué un rôle extrêmement important dans l’intercession de la Vierge Marie, avec en plus une base historique pour les contes qui viendront plus tard impliquer la conjuration des démons.

La Vierge Marie a considérablement augmenté en importance théologique à travers le 11ème siècle. L’histoire a été utilisée pour illustrer la puissance et la nécessité de son intercession par Pierre Damien , Bernard de Clairvaux , Antoine de Padoue , Bonaventure et beaucoup plus tard par Alphonse de Liguori . L’histoire de Théophile a inspiré au treizième siècle une pièce jouée par le trouvère Rutebeuf , Le Miracle de Théophile , l’un des premiers morceaux de théâtre français existants.

L’histoire de saint Théophile est aussi un exemple important dans le développement de la théologie de la sorcellerie. Comme on le voit dans le conte, la convocation des démons n’a pas été initialement considéré comme un péché accablant, les troubles de Théophile viennent du fait qu’il a vendu son âme, non pas qu’il traitait avec le diable. Cette situation a changé pendant la fin du 13ème siècle et dans le 14ème siècle avec des inquisiteurs comme Bernard Gui et Nicolau Aymerich qui ont cherché à étendre la puissance de l’Inquisition. Leur mandat a été la répression de l’hérésie et en définissant la sorcellerie comme une forme d’hérésie, ils faisaient ainsi des hérétiques des suppôts de Satan.  Au début du XVe apparaît la croyance, en l’existence d’une véritable secte de sorciers, mais surtout de sorcières ayant conclu un pacte avec le diable et participant à un complot contre la chrétienté. A partir de 1435-1440, le nombre des procès se multiplie et la ‘sorcellerie populaire’ passe au premier plan. C’est alors que se fixe l’image stéréotypée de la sorcière de l’époque moderne, qui superpose à la tradition des sortilèges, empoisonnements et incantations le pacte explicite avec le Diable, le voyage nocturne au sabbat et l’hommage rendu au Diable durant cette cérémonie. Les personnes accusées d’un tel pacte sont alors brulées vives En conséquence, Théophile aurait été accusé d’être un hérétique pour son association avec le diable, mais grâce à la Vierge il est devenu un saint, un grand miracle de l’Eglise catholique. Dans ce contexte, certaines variations de l’histoire incluent un magicien juif qui opère comme intermédiaire entre Théophile et le diable, ce rôle d’intermédiation est à mettre opposition avec celui de la Vierge Marie qui est salvateur. Ainsi le juif est accusé de sorcellerie et joue le rôle du corrupteur de la foi, ce qui contribue à diaboliser les juifs au milieu du peuple.

L’histoire se passe au VI° siècle. Théophile est le vidame, c’est-à-dire l’intendant, de l’évêque d’Adana, en Cilicie (Asie Mineure). Clerc vertueux et juste, il refuse par modestie, à la mort de son évêque, de devenir, malgré les vœux des fidèles, le pasteur de son diocèse, et se contente de son poste d’économe. Mais le nouveau prélat le destitue injustement de sa charge. Révolté et ruiné, Théophile s’en va alors trouver un magicien, Salatin, en vue de recouvrir sa fortune et ses fonctions. Salatin, qui « parlait au diable quand il voulait », dit Rutebeuf, accepte de l’aider. Théophile, en échange, signe de son sang un pacte par lequel il vend son âme à Satan. Dès ce moment, tout réussit à Théophile, qui récupère sa charge et reçoit, de nouveau, présents et honneurs.

Cependant, les remords viennent bientôt l’assaillir. Théophile repentant  a prié la Vierge pour son pardon. Après quarante jours de jeûne , la Vierge lui apparut et verbalement l’a réprimandé. Théophile demande pardon et la Vierge Marie lui promet d’intercéder auprès de Dieu . Il a ensuite jeûné une trentaine de jours supplémentaires, puis Marie lui apparut encore, et lui a accorde enfin l’absolution. Cependant, Satan ne voulait pas abandonner son emprise sur Théophile, et ce fut une période supplémentaire de trois jours avant que Théophile se réveille pour trouver l’accablant contrat sur ​​sa poitrine. Théophile court se jeter aux pieds de son évêque, lui confesse son crime, et lui remet le pacte. Le prélat convoque aussitôt le peuple et raconte aux fidèles émerveillés l’histoire de la faute et du pardon. Peu de temps après, Théophile meurt saintement, après avoir fait pénitence.

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La légende de Théophile est très représentée dans l’art sacré au Moyen Age. On la retrouve souvent dans les édifices religieux dépeint dans les viraux ou sculptée dans les murs. Les chanoines de Notre-Dame de Paris firent décorer le portail nord donnant sur leur cloître par cette même légende.  Outre le portail nord du Cloître, à gauche de la porte rouge on retrouve cette représentation au niveau du mur extérieur des chapelles latérales du chœur où se trouvent sept bas-reliefs du XIVe siècle, dont cinq se rapportent à la Vierge : sa Mort, son Ensevelissement, sa Résurrection, son Assomption et son Couronnement. Les deux derniers sont un Jugement Dernier avec Marie intercédant auprès du Christ, et une représentation du miracle de Théophile. Ces sept représentations résument bien la position de l’Eglise catholique inscrite dans leur bible de pierre. La Vierge Marie ressuscitée est le sauveur du monde, face à Jésus qui renvoyé à l’image du jugement dernier, juge le monde. Totale inversion des valeurs bibliques qui annoncent justement l’inverse, Jean 12:47  Si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde point, ce n’est pas moi qui le juge ; car je suis venu non pour juger le monde, mais pour sauver le monde.

La manière totalement antéchrist de présenter le rôle salvateur de Marie, prend toute sa mesure,  quand on l’intègre dans l’édifice entier d’une cathédrale. De la base carrée de la tour, qui représentnotredamedeparisportailducloitrestatuevierge.jpge la terre, on s’élance vers le ciel. Elle est divisée en trois étages, en léger retrait les uns par rapport aux autres. Le niveau inférieur est celui du portail. Le niveau moyen est constitué d’une gigantesque verrière comprenant l’impressionnante rosace. Enfin l’étage supérieur est celui du pignon triangulaire qui s’élance vers le ciel. C’est la porte qui mène au dieu de Rome et qui en fait la Babylone contemporaine. C’est un cheminement initiatique et un mystère quand on ne sait pas interpréter sa lecture de pierre.

Moins grandiose que la façade ouest, la tour nord en reprend cependant le principe théologique catholique. A sa base le trumeau du portail, une statue de la Vierge. Elle repose, ou domine un dragon, c’est selon la vision que l’on a des choses. Si elle repose, elle en est l’incarnation, si elle le domine, elle joue le rôle de celui qui a vaincu Satan, soit Jésus-Christ, ce qui est antéchrist dans le principe et renvoie à la première interprétation symbolique, la Vierge repose, car elle est l’image projetée de la valeur surmontée.

Puis vient le tympan. La partie inférieure du tympan, le linteau, représente des scènes de l’enfance du Christ. Ces sculptures sont parmi les plus belles œuvres sculptées sur ce thème. Elles montrent le rôle de Marie dès l’enfance de Jésus. Les quatre scènes représentées sont la naissance de Jésus dans une humble crèche, l’offrande au temple de Jérusalem après la naissance de Jésus, la persécution des enfants par le roi Hérode et la fuite en Égypte de Joseph et Marie pour protéger l’Enfant.

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La partie supérieure du tympan présente le très populaire Miracle de Théophile qui est un des « Miracles de la Vierge » dont le Moyen Âge tardif était friand. Les artistes qui l’ont taillée dans la pierre ont choisi de  ranger les événements essentiels de la légende les uns à côté des autres. Ainsi, nous voyons à gauche Théophile à genoux devant le diable en mettant ses mains jointes entre celles du démon, Théophile prête serment au diable par un geste bien connu du système féodal de l’époque: le prêtre atteste sa fidélité en mettant ses mains entre celles du diable. Derrière Théophile se dresse le magicien juif ayant servi d’intermédiaire entre le diable et le prêtre. Le juif pose une main sur l’épaule du prêtre et tient dans l’autre le pacte scellé. Deuxième scène: Théophile riche distribue l’argent reçu du diable qui est placé derrière lui. Troisième scène: Théophile repenti est agenouillé devant l’autel de la Vierge. Marie sauve le prêtre dans la quatrième scène en terrassant le démon avec une épée ressemblant à une croix. Tout en haut l’évêque d’Adana montre à ses disciples le pacte qu’il tient entre ses mains et qui porte l’inscription carta Theophili (la charte de Théophile). Le spectateur observe les cinq étapes du récit comme des unités d’illustration chronologiquement bien distinctes, arrangées à la façon de nos bandes dessinées modernes. En d’autres termes la narration est claire du premier coup d’œil, à condition qu’on connaisse la légende.

Puis vient la rosace, dont nous avons déjà dépeint la symbolique. Cette rose qui surplombe la Porte du Cloître de Notre Dame, est le thème générique qui motive le plus le mystère qui marque le front de la Grande Prostituée. Rosa mystica ou rose mystique, (du grec μυστός « mystos », mystère), est le nom symbolique de Marie dans l’Église catholique, employé dans les Litanies de Lorette. La rose, blanche, rose ou rouge, par sa couleur symbolise le Mystère de l’Incarnation ; Rosa sine spina, expression employée par saint Bernard puis par des poètes et des musiciens, comme Flos florum, fleur entre les fleurs, fleur dont l’odeur agréable ressuscite les morts, ou Rose sans épines, rosa sine spina, ceci avait un sens théologique précis et laquelle après des siècles devint le dogme catholique de l’Immaculée conception. Flores Florum, elle seule selon le dogme de l’Assomption est au Ciel avec son Corps mystique, ou glorieux, Fleur mystique parmi les fleurs du Paradis. Flos Carmeli, Fleur du Carmel évoque les liens de la Vierge Marie avec la Mystique : Rose de Saron, rose du Carmel, les fiançailles, les Noces de Dieu avec l’Eglise et la Vierge Marie.  C’est l’interprétation artistique la mieux imagée de l’Arbre de Jéssé. C’est la reine du Ciel qui représente dans sa personne le corps et les valeurs de l’Eglise dans sa globalité.

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La rose ne « parle » que si on pénètre par la porte qui mène au dieu. Une fois à l’intérieur la magie opère. La lumière en passant par les vitraux révèle l’histoire de la gloire qui trône en son centre. Presque intacte, la rose nord a conservé pratiquement tous ses vitraux du 18ème siècle. Elle est consacrée à l’Ancien Testament et le violet est la couleur dominante ; elle doit rappeler la longue nuit d’Israël en attente du Messie. Le médaillon central représente la Vierge portant son enfant et il est entouré de 80 médaillons disposés en 3 cercles. 1er cercle : est consacré aux 16 prophètes (mais Elie, qui n’a pas laissé d’écrits, est représenté deux fois et l’un des médaillons a été remplacé par un songe du Pharaon. Abdias, Aggée et Joël ne figurent donc pas)  2e cercle : Moïse, la prophétesse Déborah et 12 juges, les premiers rois d’Israël, Saül, David, et Salomon avec 15 de leurs successeurs  3e cercle : 6 rois représentés avec la couronne et la main de justice des rois de France, les prophètes tiennent un rouleau de leurs écrits, les grands-prêtres sont coiffés d’un bonnet pointu et portent souvent un bâton comme Moïse.

Nous avons là une représentation de l’autorité temporelle soumise à la Loi et aux prophètes. Jésus-Christ étant le Verbe fait chair, cette représentation de Marie efface le sens de l’Ancien Testament au profit de la nouvelle théologie mariale qui place la Vierge au-dessus de tout, même dans le Verbe.   




Le mystère des cathédrales – 11

17072011

Ap 17:4  Cette femme était vêtue de pourpre et d’écarlate, et parée d’or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d’or, remplie d’abominations et des impuretés de sa prostitution. 5  Sur son front était écrit un nom, un mystère : Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre. 6  Et je vis cette femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus. Et, en la voyant, je fus saisi d’un grand étonnement.

L’Eglise catholique, fondée et organisée sur le mythe de la succession de saint Pierre et sur les Evêques en communion avec saint Pierre, prétend se confondre avec le Corps mystique du Christ, elle serait son Corps mystique. Le Pape Pie XII a exprimé ce dogme de foi dès les premiers mots d’une  encyclique sur le sujet: « Mystici Corporis Christi quod est Ecclesia . Le Corps mystique du Christ, qui est l’Eglise ». (cf.  Mystici Corporis Christi. Encyclique du Pape Pie XII, 29 juin 1943). Les deux expressions “Corps mystique du Christ” et “Eglise” sont équivalentes ; elles ont la même extension. Appartenir à l’une, c’est appartenir à l’autre. Etre hors de l’Eglise, c’est être hors du Corps mystique. Ce principe se matérialise dans l’eucharistie par les symboles de l’hostie et du calice. « L ‘Église vit de l’Eucharistie (Ecclesia de Eucharistia vivit). Cette vérité n’exprime pas seulement une expérience quotidienne de foi, mais elle comporte en synthèse le cœur du mystère de l’Église. » Encyclique Jean-Paul II.

Par le jeu de la transsubstantiation, l’hostie devient réellement le corps du christ et le vin son sang. Le vin représente le Christ qui apaise la colère de Dieu en devenant lui-même à la fois le Roi des Nations et la grappe de raisin foulée dans le pressoir par les vendangeurs. Il est le cep de vigne et le fruit de la vigne à la fois, celui qui soumet ses ennemis mais aussi celui qui fait naître l’Eglise s’étendant comme une vigne, et les sacrements (baptême, eucharistie) et sauve l’humanité. Les premiers catholiques représentaient couramment des grappes de raisin sur les mosaïques (baptistères ou pavements) ou les calices. C’était un symbole chrétien primitif répandu. Les poètes latins et les Pères de l’Eglise ont expliqué la métaphore. Il se répandit ensuite dans toute l’Europe, dans l’art pictural, associé au thème du Bain Mystique, dans le sang du Christ (Epitaphe de Brème , Bain Mystique de Bellegambes ) : aspersion du Sang du Christ, Fontaine des vertus, Fontaine de grâce, Fontaine de vie.

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Le pressoir mystique (en latin torculus Christi) est un thème iconographique catholique (allégorie), une image de l’Église où le Christ est assimilé à une grappe de raisin écrasée sous le pressoir durant sa Passion, son sang étant le jus de la grappe, devenant la source de tous les sacrements de l’Église et de la Rédemption : il y est représenté agenouillé entre les vis du pressoir, ou foulant du raisin et portant la Crocalicedonateurpapegrgoirexvi.jpgix ou encore couché sous la vis du pressoir : « le Christ foule aux pieds du raisin, et des blessures que son corps a subies, lors de la Passion, coule son sang qui se mêle au vin jaillissant des grappes » … il vient compléter, au Moyen Âge, l’image de la vigne présente en iconographie paléo-chrétienne. Ainsi le sang recueillit dans la coupe fait du calice le symbole du corps de l’Eglise, qui est le cœur du mystère de l’Eglise catholique, Ecclesia de Eucharistia vivit. Le corps de l’Eglise étant  aussi représenté par la vierge Marie couronnée, les deux symboles peuvent donc être confondus en un seul. Ce qui fait de la Vierge un objet de salut et de rassemblement autour du culte à sa personne, et à ce stade on est plus dans le christianisme, mais le catholicisme babylonien qui ouvre la porte vers un dieu nouveau accessible par la mystique de symboles voués à un culte des mystères.

L’ensemble des croyants forme une société, sans distinction de race, de culture ou de langue, mais un peuple spirituel lié par une foi commune en Jésus-Christ le Fils de Dieu. Cette société nouvelle n’ayant aucun homme pour chef, ni aucune loi humaine, se nomme l’Église, du Grec ecclesia qui veut dire assemblée. Un autre terme grec est celui de synagogue, désignant ceux qui marchent ensemble. On aurait donc pu appeler l’Église la Synagogue du Dieu vivant. Toutefois, pour se démarquer du Judaïsme qui ne reconnaissait pas en Jésus le Messie, on a préféré parler d’ecclesia. La synagogue en tant qu’institution caractéristique du judaïsme naquit avec l’œuvre d’Ezra. Elle y a depuis pris une telle importance que « la Synagogue » en vient à désigner figurativement le système du judaïsme, par opposition à « l’Église ».

Avec la montée en puissance du catholicisme, on assiste à une dégradation progressive de l’image de la Synagogue du début à la fin du Moyen Âge. Les premières représentations de l’Église et la Synagogue sous la forme de deux personnages féminins allégoriques figurent, sur des crucifixions taillées dans des plaques d’ivoire à Metz, durant l’époque carolingienne. Sur ces ivoires, la Synagogue, vêtue comme l’Église et sans aucun signe d’infériorité, s’éloigne du Christ avec dignité, tenant droit son drapeau et relevant la tête. On ne décèle aucune marque d’hostilité. La signification est claire : le Christ est victorieux ; la mission de la Synagogue s’achève ; elle doit céder sa place à l’Église.

Aux 12e et 13e siècles, siècles des croisades, la prédication exalte les sentiments religieux. Elle met l’accent sur la Passion du Christ dont la responsabilité est imputée aux Juifs. Ils subissent persécutions et massacres. Dans les œuvres d’art, la défaite de la Synagogue devient un thème récurrent. Sur une miniature de l’Hortus deliciarum, ouvrage composé à la fin du 12e siècle par Herrade de Landsberg, l’Église couronnée, regardant le Christ, serrant d’une main le calice et de l’autre la hampe crucifère de son étendard, est montée sur un animal fabuleux, le tétramorphe, synthèse des quatre êtres évangéliques. En face d’elle, la Synagogue, assise sur un âne rétif, incline sa tête et la détourne ; elle est aveuglée par sa coiffe abaissée, elle tient dans ses mains un bouquetin et un couteau, son drapeau traîne à terre.

1225-1235. La Synagogue et l’Église du double portail sud de la cathédrale de Strasbourg. La Synagogue aux yeux bandés est vaincue. Elle est découronnée ; sa lance porte-drapeau est plusieurs fois brisée ; les tables de la loi échappent de ses doigts ; comme la Synagogue de l’Hortus, elle baisse la tête et la détourne de l’Église victorieuse dressée en face d’elle, tenant le calice et la hampe crucifère de son étendard. Entre les deux portails se trouve une statue du roi Salomon. Le Pilier du Jugement dernier, dit Pilier des Anges, situé à l’intérieur du transept sud complète cet ensemble de sculptures dominé par l’idée de jugement. On insiste souvent sur la beauté de la Synagogue, remarquable aussi pour d’autres œuvres de la même époque. Il s’agit, sans doute, d’une allusion au destin de la Synagogue nullement condamnée à jamais, mais élue de la fin des temps quand elle rejoindra le Christ.

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1285. La Synagogue au serpent. Cinquante ans après les ouvrages du portail sud, d’autres statues de l’Église et de la Synagogue sont sculptées à la cathédrale de Strasbourg, cette fois au tympan du portail central de la façade occidentale. Ces figures, marquées par leurs illustres modèles du croisillon méridional, comportent toutefois, une différence notable : le bandeau est remplacé par un serpent enroulé autour de la tête de la Synagogue, afin de suggérer une origine diabolique à son aveuglement.

14e et 15e siècles. Bibles historiées. La diabolisation de la Synagogue ira en s’accentuant aux 14e et 15e siècles. Sur une miniature d’une Bible historiée du 15e siècle provenant de Haguenau, la Synagogue porte sur ses épaules un diable noir, velu, cornu et griffu, qui l’aveugle de ses mains. Ainsi perché, il peut aussi lui commander beaucoup de mauvaises actions. La Synagogue est devenue un agent de Satan…

« L’Image des Juifs dans l’art chrétien médiéval » : http://www.judaicultures.info/Cles-pour-comprendre/Les-Juifs-en-terre-Chretienne/article/l-image-des-juifs-dans-l-art

La représentation du Juif et du Judaïsme dans l’art chrétien subit des modifications au fur et à mesure que l’Eglise assoit son pouvoir et étend son influence aux souverains européens. Les artistes du Moyen Age épousent le mode de pensée religieux inspiré par les clercs, et reflètent dans leur art une expressivité et un symbolisme propres à éduquer les esprits dans une vision christique des écritures. Il en fut de même de la vision christique du Judaïsme et des Juifs ; les représentations narratives utiliseront des thèmes majeurs selon le message et la pensée que l’Eglise voulait insuffler à toute la chrétienté. Elle intègre en son début la judéité des Pères de l’Eglise et la royauté de la Synagogue, elle exprime que les Juifs sont dans l’erreur et l’aveuglement et qu’ils sont lents à le reconnaître, elle placera les Juifs toujours en Enfer et les assimilera au démon et par voie de conséquence, à tous les vices de la société, puis exprimera sa répulsion…etc.. L’art médiéval portera le message anti judaïque de l’Eglise, et portera aussi sa part de responsabilité dans l’éducation des consciences occidentales, avec toutes ses conséquences funestes à l’égard des Juifs d’Europe.

L’art chrétien utilisera pour cela, le symbolisme et l’allégorie aujourd’hui difficile à reconnaître pour un visiteur non initié, méconnus parfois des guides eux-mêmes formés à des commentaires parfois trop lénifiants et consensuels, souvent ignorants de la réalité juive présente dans ces lieux.

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La représentation de la Synagogue :

L’étendard tenu par la Synagogue figure la royauté d’Israël et de Juda. C’est seulement au XIII° siècle que l’étendard sera remplacé par une lance souvent brisée marquant la perte de la royauté.

Le bandeau sur les yeux du personnage féminin d’apparence royale qui figure la Synagogue, évoquerait selon Jean-François Faü, « le passage des évangiles où St Paul parle du voile de Moïse, en l’interprétant comme une incapacité d’Israël à comprendre le message de ses propres écritures en référence au mystère du Christ : « Leur entendement s’est obscurci. Jusqu’à ce jour en effet, lorsqu’ils lisent l’Ancien Testament, ce même voile demeure. Il n’est point retiré, car c’est le Christ qui le fait disparaître. Oui jusqu’à ce jour, toutes les fois qu’on lit Moïse, un voile s’est posé sur leur cœur. C’est quand on se convertit au Seigneur que le voile est enlevé. » (2Co3, 14-16) (…) ».

Ainsi, la Synagogue aura les yeux bandés, un étendard brisé, une posture qui tourne le dos ou détourne son regard de celui de l’Eglise, et parfois tiendra le porte éponge, substituée à Stéfaton.

Le plus fréquemment, la où figure une Synagogue déchue et chassée par le Christ. On trouve également l’Ecclesia victorieuse.
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Ap 17 : 6  Et je vis cette femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus. Ces quelques mots vont prendre toute leur place dans l’histoire avec le quatrième concile œcuménique du Latran (souvent surnommé Latran IV) qui est le douzième concile œcuménique de l’Église catholique. Il est tenu à Latran en 1215 sur l’initiative du pape Innocent III. Le concile Latran IV marque l’apogée de la chrétienté médiévale et de la papauté après l’effort de renouveau inauguré, 150 ans plus tôt, par Grégoire VII. Pendant les trois semaines que dure le concile, du 11 au 30 novembre 1215, de nombreuses décisions sont prises qui renforcent l’emprise du Saint-Siège sur la chrétienté occidentale. Le corps de l’Eglise catholique, représenté par le calice, va désormais pouvoir se remplir du sang du corps du Christ, en commençant par le sang des témoins de Jésus.

Le concile de Latran IV s’occupe en premier lieu de la question cathare. Dans leur premier canon, les pères conciliaires condamnent solennellement le catharisme et redéfinissent chaque point de la doctrine catholique contestée par les cathares. Ainsi, le concile réaffirme que seul Dieu est créateur de toute chose et que seul le prêtre peut administrer les sacrements. Il ordonne que les hérétiques soient livrés au pouvoir séculier et que leurs biens soient saisis, que ceux qui protègent les hérétiques soient excommuniés et privés de toute fonction publique, que les évêques recherchent dans leurs diocèses les hérétiques. Le canon interdit aussi à quiconque de prêcher sans l’autorisation du pape ou de l’évêque. De plus, la croisade contre les hérétiques reçoit les mêmes privilèges que celle contre les musulmans en terre sainte. Raymond VI, comte de Toulouse, est définitivement dépouillé de ses fiefs transférés à Simon de Montfort. Le sang des centaines de milliers morts cathares, viendra abondamment alimenter la coupe de la Grande Prostituée.

Concernant les Juifs, le concile décide qu’ils doivent porter sur eux une marque distinctive de leur différence : un chapeau particulier à bout pointu en Allemagne ou la rouelle en France, un signe en forme de tables de la Loi en Angleterre. L’objectif est d’instaurer ainsi le principe d’une ségrégation forcée. La justification donnée est que: « dans certaines provinces, les habits des Juifs et des Sarrasins se distinguent de ceux des Chrétiens, mais que dans d’autres, un degré de confusion se produit, de sorte qu’ils ne peuvent pas être reconnus par aucune marque distinctive. Comme résultat, par erreur, des Chrétiens ont des rapports sexuels avec des femmes juives ou sarrasines. De façon que le crime d’un tel mélange maudit ne puisse plus avoir d’excuse dans le futur, nous décidons que les Juifs et les Sarrasins des deux sexes, dans toutes les terres chrétiennes, se distinguent eux-mêmes publiquement des autres peuples par leurs habits. Conformément au témoignage des Écritures, un tel précepte avait déjà été donné par Moïse (Lévitique 19.19 Lévitique 19; Deutéronome 22.5.11 Deutéronome 22) ». Par ailleurs, le concile interdit aux Juifs d’occuper des fonctions d’autorité, d’avoir des relations professionnelles et sociales avec les chrétiens, de sortir pendant la Semaine sainte. 

Le décret sur la croisade est le dernier du concile. Rendez-vous est donné aux croisés, le 1er juin 1217 en Sicile, pour ceux qui partent par mer. Le concile ordonne la prédication de la nouvelle croisade dans toute la chrétienté. L’indulgence plénière est étendue à ceux qui contribuent à la construction de bateaux pour la croisade alors que jusque-là seuls les combattants en bénéficiaient. C’est un appel direct aux armateurs de villes italiennes. Le concile rappelle la protection accordée par l’Église aux personnes et aux biens des croisés. Il décide par ailleurs de frapper les revenus ecclésiastiques d’un impôt d’un vingtième et les biens de pape et des cardinaux d’un impôt d’un dixième. Les décisions ont comme but d’associer toute la chrétienté à l’idéal des croisades et non pas seulement les combattants. Il suffit pour cela d’aider financièrement à l’organisation de la cinquième croisade. Des milliers de juifs seront massacrés pendant cette période aussi bien en Europe qu’au Moyen Orient. Ils contribueront également à enivrer par leur sang l’impudique de Babylone, se sera le sang des saints.

l’Ecclesia dans son symbole représente le catholicisme couronnant la reine du ciel, cherchant à éliminer physiquement en les tuant, les saints représentés par Synagoga. C’est le principe du culte des mystères qui s’oppose à celui des paroles de l’évangile. C’est un principe de substitution qui s’oppose au fait que «Le salut vient des juifs.» Cette parole capitale de l’Évangile est destinée à toute l’humanité et est rappelée par Paul en Eph 2 : 13  Mais maintenant, en Jésus-Christ, vous qui étiez jadis éloignés, vous avez été rapprochés par le sang de Christ. 14 Car il est notre paix, lui qui des deux (les juifs et le monde) n’en a fait qu’un, et qui a renversé le mur de séparation, 15  l’inimitié,  ayant anéanti par sa chair la loi des ordonnances dans ses prescriptions, afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau, en établissant la paix. L’Eglise catholique du temps où elle était toute puissante au Moyen Age, fera exactement l’inverse de la volonté divine, ce qui dévoile parfaitement l’esprit qui l’anime.




Le mystère des cathédrales – 10

14072011

« Car toute l’Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser et apprendre à mener une vie conforme à la volonté de Dieu. » 2 Timothée 3:16

Comme on l’a vu, l’enseignement et l’accès aux Ecritures étaient au Moyen Age complètement verrouillés et réservés au clergé. L’ancien et le nouveau testament étaient donc uniquement accessibles par le profane, via les livres de pierres de la cathédrale qui délivraient le message tel que le dogme catholique l’autorisait. Le recours à la Vierge ayant supplanté celui du Christ comme intermédiaire entre Dieu et les hommes, on allait puiser dans les textes ou les légendes, des histoires n’ayant pour seul but, que d’affirmer la primauté de reine du Ciel sur toutes choses.  L’interprétation que les catholiques des âges enténébrés du Moyen Age ont fait de l’Arbre de Jessé, nous éclaire beaucoup sur le cheminement de pensé totalement antéchrist de la Grande Prostituée.

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Les premiers croyants juifs ne voulaient pas s’appeler « chrétiens », terme grec qui signifie « messianiques », ils préféraient « nazaréens » ou « rejetons ». Cette appellation provient des prophéties bibliques qui parlent d’un « rejeton de la souche de Jessé » (ou David). Esaïe 11 : 1, Jérémie 33 : 15, Zacharie 6 : 12 Selon l’interprétation des Nazaréens, les prophètes avaient écrit qu’à la venue de l’âge édénique de la justice, quand le lion et l’agneau paîtraient ensemble, que la douleur et le mal cesseraient et que le reste reviendrait au Pays de toutes les nations où ils avaient été dispersés, alors la Maison de David reprendrait racine : « Un rejeton sortira de la souche de Jessé, et un surgeon (netzer) poussera de ses racines… Ce jour-là, la racine de Jessé, qui se dresse comme un signal pour les peuples, sera recherchée par les nations, et sa demeure sera glorieuse. Pousse des cris de joie, des clameurs, habitante de Sion, car il est grand, au milieu de toi, le Saint d’Israël. » (Esaïe 11 : 1,10 ; 12 : 6)

L’allégorie biblique de la souche de Jessé est l’olivier. Très répandu en Israël, c’est un arbre que l’on peut raser, que le feu peut ravager, la vieillesse creuser ou pourrir, dès qu’il flaire l’eau, la souche fera pousser à nouveau vers le ciel, des rejetons (netzer)  pleins de vigueur. Les Nazaréens voyaient en leur Messie le premier-et le parfait-rejeton de l’antique souche de Jessé que l’on estimait morte depuis longtemps. De cette souche, eux-mêmes et beaucoup d’autres rejetons allaient désormais sortir. Romains 11 : 16  Or, si les prémices sont saintes, la masse l’est aussi ; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi. 17  Mais si quelques-unes des branches ont été retranchées, et si toi, qui étais un olivier sauvage, tu as été enté à leur place, et rendu participant de la racine et de la graisse de l’olivier, 18  ne te glorifie pas aux dépens de ces branches. Si tu te glorifies, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte.

Il y a un lien évident entre les juifs et la Parole de Dieu, c’est ce lien qui donne tout son sens à la vie et la mort de Jésus-Christ. Casser le lien avec les juifs, revient à casser le lien avec la compréhension des écritures.  » Le rapport du judaïsme au christianisme n’est pas celui de la fusée porteuse à son  satellite, une fois que le satellite est mis sur orbite, la fusée n’a plus de raison d’être et vient se désintégrer dans l’atmosphère. Il y a un lien existentiel entre le Judaïsme et le mouvement des disciples de Jésus, et c’est précisément au moment où a commencé de se perdre la conscience de ce lien existentiel, parce que l’on ne le connaissait plus, on n’avait plus ce lien vital qu’un Juif a à la Torah, à l’écriture, à ce que les Chrétiens appellent, l’ancien testament, parce que ce lien s’est perdu, parce que les interprétations se sont multipliées, ont divergées, qu’à ce moment-là quelque chose de nouveau est apparût  » Si on brise le lien qui nous unit dans la foi aux premiers Nazaréens, c’est la branche même qui nous unis à l’olivier franc qui est brisée et la voie est ouverte aux pires interprétations et exactions.

Si les papes ont su s’affranchir de l’autorité temporelle au temps des cathédrales, ils sauront aussi s’affranchir de la tutelle des Ecritures. Tout comme ils sont arrivés à faire croire que la rose de Saron est la vierge Marie qui représente le corps mystique de l’Eglise du Christ, ils vont récidiver avec sa généalogie. Dans la religion catholique, l’Arbre de Jessé est une représentation de la généalogie de Jésus, descendant de la Vierge Marie. Ce symbole religieux va devenir une histoire compliquée où sont intervenues les plus hautes autorités de l’Église. En effet, la descendance de Jessé à Marie est en contradiction avec l’Évangéliste Matthieu pour qui c’est Joseph qui descend de Jessé. Les auteurs des Ecrits Apocryphes vont donc leur permettre d’étayer une thèse parallèle à celle de Matthieu afin d’imposer la généalogie de Marie sur celle de Joseph.

 Si l’on résume, pour aboutir à une version compatible avec les nombreux Arbres de Jessé que l’on trouve : David a eu deux fils ; le premier, Salomon, est l’ascendant de Joseph ; le second, Nathan, est l’ancêtre de Joachim, père de Marie. Ainsi Joseph et Marie sont cousins très éloignés…  Ces ascendances ont bien sûr leur part importante de légendes et de dogmes. Les Évangiles en donnent deux versions qui ne concordent pas. Mais, pour les prosélytes, peu importe la vérité historique, seule compte la vérité théologique catholique. Cette vérité a pour but de montrer qui est Jésus : elle le fait descendre du roi David (et de son père Jessé) et ainsi affirme qu’il est le Messie attendu. Il s’ensuit logiquement l’introduction de tous les rois qui ont succédé à David : Salomon et les rois de Juda. C’est ce que fait l’Évangile de Matthieu (qui, rappelons-le, aboutit à Joseph). D’ailleurs chez Matthieu, comme chez Luc, on trouve un indice supplémentaire de la messianité : Jésus naît à Bethléem, «la ville de David».

La vérité théologique catholique, construit alors un dernier argument pour aboutir à Marie : un oracle du prophète Isaïe savamment interprété. A propos de Jessé, Isaïe proclame : «un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines…». Que signifie cet oracle? L’auteur chrétien Tertullien (IIe siècle) en avait déjà donné le sens : «la branche qui sort de la racine, c’est Marie qui descend de David. La fleur qui naît de la tige, c’est le fils de Marie». La vérité théologique a bouclé la boucle et Marie comme reine du Ciel supplante le Messie. Saint Jérôme, dont l’Eglise catholique emprunte aujourd’hui les paroles dans les Leçons du second Nocturne, dit « que cette Branche sans aucun nœud qui sort de la tige de Jessé, est la Vierge Marie, et que la Fleur est le Sauveur a lui-même, qui a dit dans le Cantique : Je suis la fleur des champs et le lis des vallons ». Il faut croire que cette version a satisfait tout le monde au Moyen Age : les maîtres-verriers qui créaient, les confréries ou particuliers qui finançaient et les évêques qui donnaient leur accord. De la sorte, la chaîne artistique – ô combien visible! -: «Jessé-David-Salomon-Roboam (1er roi de Juda)-Abia-Asa-Josaphat… et finalement la Vierge» s’est imposée… malgré l’opposition à Matthieu.

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Historiquement, c’est l’abbé Suger que j’appellerais le père de l’art gothique, l’un des grands instigateurs de la basilique de Saint-Denis, qui a donné la formulation définitive de l’Arbre : un Jessé couché duquel sort un arbre dont les branches grimpantes portent les prophètes (en qualité d’ancêtres spirituels) et les rois (en qualité d’ancêtres charnels) de Jésus. C’est pourquoi l’Arbre de Jessé de la basilique  Saint-Denis revêt une importance capitale dans l’histoire du vitrail. Cette formulation servira de modèle en France et en Angleterre pendant tout le Moyen Âge. L’iconographie ayant valeur de dogme au Moyen Age, les conséquences seront terribles pour le peuple juif.

Le catholicisme s’étant coupé de l’olivier franc et par voie de conséquence aux Ecritures, il va pouvoir en toute impunité s’attaquer à sa racine. De l’an 300 à 600  un nouveau schéma de discrimination institutionnalisée vis-à-vis des Juifs verra progressivement le jour, l’on a successivement interdit les mariages mixtes entre Juifs et Chrétiens (399), écarté les Juifs des hautes sphères, gouvernementales (439 ), et exclu leur témoignage à charge contre des Chrétien, devant les tribunaux (53 1). Parallèlement à la mise officielle des Juifs au ban de la société, il s’est développé à leur sujet en Europe du Nord certaines idées bizarres qui présageaient l’antisémitisme du 20 ème siècle. Le bruit a couru que les Juifs avaient une queue et des cornes et se livraient au meurtre rituel de Chrétiens. Cette dernière assertion, désignée sous le terme de « libelle du sang », a germé en 1150 dans l’imagination de Thomas de Monmouth pour expliquer la mort mystérieuse d’un petit Chrétien. On la retrouve régulièrement dans les mythes anglais et allemand. Au sein de diverses communautés, les Juifs se sont subitement vu accuser d’avoir empoisonné des puits.

Puisque l’origine du christianisme remonte aux communautés juives du Moyen-Orient, l’attitude de l’Église catholique envers les juifs reste indécise au début: faut-il obliger ou inciter tous les juifs à se convertir au christianisme, ou faut-il leur permettre de continuer de pratiquer leur religion, avec de nombreuses restrictions, en les maintenant en marge de la société et en leur rappelant constamment la supériorité du christianisme sur le judaïsme ? Dans beaucoup d’églises apparaissent alors des images symbolisant la « Victoire du christianisme (Ecclesia) sur le judaïsme (Synagoga) ». Les juifs sont dépeints comme des traîtres et des déicides.

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Souvent, ils sont représentés avec un porc – image particulièrement insultante puisque la religion juive considère les porcs comme impurs. Puisque le christianisme est devenu la religion officielle de l’Empire romain, de nombreuses illustrations bibliques du Moyen Âge minimisent le rôle des Romains dans le procès et la crucifixion du Christ. Ce sont plutôt des juifs vêtus de costumes moyenâgeux qui sont représentés comme les principaux coupables. » À une époque où la grande majorité de la population est illettrée, cette iconographie d’église joue un rôle essentiel dans la propagation d’une image négative des juifs et du judaïsme.

Pendant les 700 premières années du christianisme, les communautés juives d’Europe sont rarement menacées directement. La situation change lorsque le pape Urbain exhorte les fidèles en 1095 à partir en croisade pour libérer Jérusalem des infidèles. En chemin pour Jérusalem, les croisés déciment les communautés juives le long du Rhin et du Danube. « Comment, s’exclament-ils, devrions-nous attaquer les infidèles en Terre Sainte, et laisser en repos les infidèles en notre sein ? ». Le 25 mai 1096, environ 800 juifs sont assassinés à Worms (Allemagne), et beaucoup d’autres choisissent le suicide. À Regensburg, les juifs sont jetés dans le Danube, pour y être « baptisés ». À Mayence, Cologne, Prague et dans beaucoup d’autres villes, des milliers de juifs sont tués, leurs biens pillés. Les croisades confirment, dans les dogmes de l’Église et les lois des États de toute l’Europe chrétienne, le statut des juifs comme citoyens de second ordre. Elles inaugurent une période d’oppression et d’insécurité qui ne prendra fin qu’au XVIII’, siècle.

 Au Moyen Âge, la croyance aux miracles et aux légendes est courante. Deux mythes à caractère antijuif font leur apparition en Europe : profanation de l’hostie et meurtre rituel. Ces deux mythes survivront jusqu’au XX ème siècle. Selon d’autres croyances populaires du Moyen Age, les juifs portent des cornes et une queue, attributs du diable. En 1215, l’Église proclame que la chair et le sang de Jésus-Christ sont contenus dans l’hostie et le vin consacrés. À partir de cette date, des rumeurs commencent à circuler selon lesquelles les juifs volent, mutilent ou brûlent l’hostie afin de tuer Jésus une fois de plus. Les miracles font partie intégrante de ces mythes : l’hostie mutilée saigne, prouvant le bien-fondé de la doctrine et la vérité de la foi chrétienne. Selon l’accusation de meurtre rituel, les juifs tuent des enfants chrétiens afin de satisfaire leur prétendu besoin de « sang chrétien » pour la confection du pain de la Pâque ou pour d’autres rites religieux. Même si le haut clergé et l’État s’opposent officiellement, dans bien des cas à la propagation de ces rumeurs, celles-ci se perpétuent dans les croyances populaires, soutenues et encouragées par le clergé local, qui transforme les lieux des prétendus meurtres en lieux de pèlerinage.

L’accusation de meurtre rituel sert de leitmotiv aux légendes les plus néfastes et les plus cruelles faisant partie de l’arsenal des croyances antijuives, perpétuant le mythe de la nature mauvaise et inhumaine des juifs et incitant les populations chrétiennes à une vengeance sanglante. En 1215, le quatrième concile œcuménique de Latran (Latran IV), traduit une nette inflexion : il est désormais interdit aux chrétiens et aux juifs d’habiter sous le même toit ou de se marier, et même de partager un repas : les juifs ne peuvent employer de serviteurs chrétiens. Plus grave encore, le concile leur impose de porter un signe distinctif pour être reconnus dans la rue. L’idée de cette marque de distinction est de limiter au maximum tout contact entre les adeptes des deux religions, de peur que les juifs ne cherchent à convertir les chrétiens à leur religion. Cette crainte d’un prosélytisme juif explique l’accumulation des mesures humiliantes : ils ne sont pas autorisés à sortir pendant la semaine sainte qui commémore la Passion du Christ, à construire de nouvelles synagogues ni à réparer les anciennes. Toutes ces vexations illustrent concrètement la difficulté d’être juif en Occident au XIIe siècle.

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C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la politique de Saint-Louis à l’égard des juifs, « Il avait en abomination les juifs, odieux aux hommes comme à Dieu » selon Guillaume de Chartres et Joinville. Il est clair que le roi se montre particulièrement zélé dans l’application des mesures anti-juives décidées par le IVe concile de Latran. Ainsi, à la toute fin de son règne en 1269, l’obligation est-elle rappelée aux juifs de porter sur leur vêtement une pièce de tissu, qui a la forme d’une petite roue (la rouelle). Il n’y a pas de petit profit : ils doivent l’acheter aux agents du roi. La piété du roi était insensible à la tolérance, notion d’ailleurs inconnue à cette époque, Saint Louis protégera les chasseurs de sorcières, l’inquisition s’instaure en 1233 et La citadelle de Montségur, dernier refuge des cathares, est prise par l’armée royale en 1244 : 200 albigeois refusant d’abjurer seront brûlés. Louis IX sera vénéré comme un saint. Le pape Boniface VIII le canonisera le 11 août 1297, à l’issue d’une longue enquête et un procès de canonisation.

Au fur et à mesure des années, les juifs sont obligés de vivre dans des ghettos entourés de murs. Vu l’interdiction d’agrandir le ghetto, il devient de plus en plus surpeuplé.  La discrimination va encore plus loin, jusqu’à nier un droit encore plus fondamental : les juifs n’ont pas le droit de résider en permanence dans les villes et les villages. De plus en plus, ils doivent s’adonner au commerce, au colportage et au prêt sur intérêt, et sont seulement admis dans les villes pendant une période limitée, lorsque le développement économique exige l’expansion des échanges commerciaux et du crédit. Ils sont frappés d’impôts supplémentaires. Lorsque la situation économique change ou que les marchands locaux sont trop endettés envers eux, leurs permis ne sont pas reconduits. Souvent, les juifs sont purement et simplement expulsés. De nombreuses communautés doivent verser des impôts au roi ou au prince en retour de sa « protection ». Dans les États allemands, les juifs sont considérés comme la propriété de l’Empereur, qui vend aux princes et évêques locaux le droit de les taxer. Souvent, les communautés juives sont tiraillées entre les intérêts économiques rivaux des citadins et des princes locaux « propriétaires » des juifs.

Pendant la seconde moitié du Moyen Âge, les villes se développent et le commerce connaît une grande expansion. De nombreuses fonctions économiques antérieurement dévolues aux juifs sont prises en charge par d’autres groupes. Un nombre croissant de professions et de métiers s’organisent en guildes. Puisque seuls les membres des guildes sont admis ‘à pratiquer ces professions, et que les nouveaux membres doivent prêter serment sur le Nouveau Testament, les juifs en sont en pratique exclus. En Europe occidentale et centrale, les juifs doivent au fur et à mesure renoncer à toutes les professions. En définitive, il ne leur reste que le commerce ou le prêt sur intérêt. De nombreuses communautés juives sombrent dans la pauvreté, et quelques-unes seulement continuent de prospérer. L’Église interdit aux chrétiens de prêter sur intérêt, mais le besoin de crédit augmente dans une économie en expansion. Les juifs sont souvent les seuls prêteurs. Les taux d’intérêts sont élevés en raison des risques et de la pénurie de capitaux. Les juifs sont alors identifiés à l’usure, c’est-à-dire au prêt d’argent à des intérêts exorbitants. Un autre stéréotype du «juif » apparaît: le pauvre colporteur d’articles d’occasion. Ces deux images contradictoires des juifs, l’usurier dur et injuste et le colporteur pauvre et rusé, survivront jusqu’au XXe siècle.




Le mystère des cathédrales – 9

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Deutéronome 16/17 : 21  Tu ne fixeras aucune idole de bois à côté de l’autel que tu élèveras à l’Eternel, ton Dieu. 22  Tu ne dresseras point des statues, qui sont en aversion à l’Eternel, ton Dieu… 2  Il se trouvera peut-être au milieu de toi dans l’une des villes que l’Eternel, ton Dieu, te donne, un homme ou une femme faisant ce qui est mal aux yeux de l’Eternel, ton Dieu, et transgressant son alliance ; 3  allant après d’autres dieux pour les servir et se prosterner devant eux, après le soleil, la lune, ou toute l’armée des cieux. Ce n’est point-là ce que j’ai commandé. 4  Dès que tu en auras connaissance, dès que tu l’auras appris, tu feras avec soin des recherches. La chose est-elle vraie, le fait est-il établi, cette abomination a-t-elle été commise en Israël,5  alors tu feras venir à tes portes l’homme ou la femme qui sera coupable de cette mauvaise action, et tu lapideras ou puniras de mort cet homme ou cette femme.

Bien que l’Eglise catholique se défende de donner un culte aux saints, les faits plaident évidemment contre elle. Et la logique divine dans ce cas est très claire, s’adonner à l’idolâtrie mène à la mort. Au fur et à mesure que la culture intellectuelle moyenâgeuse se développe, l’idolâtrie, loin de perdre du terrain, se développa parallèlement. Seulement elle prit des formes plus artistiques sous des couverts ayant l’apparence de la chrétienté. La sculpture, la peinture, l’architecture, la littérature et la poésie virent, leurs meilleures manifestations se dérouler en faveur de l’idolâtrie, mêlant sans détours les dieux antiques et les saints nouveaux, promulgués par les papes. Exode 20 : 3  Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. 4  Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. 5  Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point ; car moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, 6  et qui fais miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements. 7  Tu ne prendras point le nom de l’Eternel, ton Dieu, en vain ; car l’Eternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain.

Ce qui est particulier dans les cathédrales, c’est que les images taillées ne représentent pas uniquement le saint auquel l’édifice est dédié, mais fait l’apologie de l’idolâtrie en évoquant les images des dieux antiques depuis le jardin d’Eden jusqu’à nos jours, en opérant un syncrétisme particulier sur la Reine du Ciel, la Vierge Mère, dont près d’un tiers des cathédrales portent le nom de Notre-Dame. Ces édifices qui se présentent comme la Porte (qui mène à) Dieu –Babylone- représente en fait le puits qui mène à l’abime. La structure même du bâtiment, édifié le plus souvent en forme de croix, témoigne contre lui. En effet, la croix est l’expression même de la mort et de la malédiction, le seul lieu sur terre d’où Dieu c’est retiré, Jésus sur la croix a lancé ce cri: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?« , car à ce moment précis, sur la croix, Il fut fait parfaitement péché en prenant le péché du monde, afin que ceux qui croient en Lui est la vie éternelle.

Romains 6 : 3  Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? 4  Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. 5  En effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection, 6  sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché ; 7  car celui qui est mort est libre du péché. 8  Or, si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, 9  sachant que Christ ressuscité des morts ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. 10  Car il est mort, et c’est pour le péché qu’il est mort une fois pour toutes ; il est revenu à la vie, et c’est pour Dieu qu’il vit. 11  Ainsi vous-mêmes, regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ.

Ce passage de Paul, est un des fondements de l’Evangile. Il n’est pas difficile de comprendre à la lecture de ce passage, pourquoi les messes étaient dites en latin et l’accès à la Bible réservé au clergé, car tout ce que représente une cathédrale y est étranger. Dans le catholicisme le baptême est vidé de sa substance, car en baptisant des bébés ont en fait des catholiques et pas des chrétiens. Maintenu dans l’ignorance de la justification par la foi, les âmes courent après un hypothétique salut gagné par les œuvres. Par des pèlerinages, des cultes aux reliques et aux images, l’achat d’indulgence et des prières aux morts, l’œuvre de rédemption du Christ est anéantie au profit des œuvres du culte qui s’enrichissent de la plus honteuse des manières. Entretenant par-là, l’œuvre de mort qu’ils prétendent combattre, elle-même s’élevant telle une stèle gravée dans la pierre des cathédrales, vers un Ciel qui lui est étranger.

Une manière simple d’illustrer mon propos est de faire une lecture simple des choses, comme le firent au Moyen Age les fidèles des cathédrales, en déchiffrant les images sacrés gravées dans la pierre. L’image du Dieu sauveur en Jésus-Christ, est souvent substituée à celui du Dieu vengeur du Jugement dernier. La représentation du Jugement dernier des plus fréquentes dans l’iconographie catholique, surtout à l’époque du Moyen âge. Des sculptures sur pierre et sur bois, des peintures murales, des vitraux et des miniatures reproduisirent à l’envi cette scène finale assignée par ses croyances religieuses au rôle de l’humanité. Mais si le Jugement dernier tint tout d’abord une place importante sur les portails des églises abbatiales, c’est sur la porte des cathédrales que l’on en peut voir un exemple des plus complets, comme sur le tympan de la porte centrale de Notre-Dame de Paris, tympan sculpté de 1210 à 1245. Et pourtant le Seigneur est bien loin dans l’Esprit de ces allégories :Jean 12:47  Si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde point, ce n’est pas moi qui le juge ; car je suis venu non pour juger le monde, mais pour sauver le monde.

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Au-dessus du linteau de cette porte centrale dite Porte du Jugement, le tympan se divise en trois zones celle inférieure consacrée à la résurrection des morts que l’on voit sortir de leurs sépulcres entrouverts; celle médiane dans laquelle l’archange saint Michel pèse les mérites des âmes qui se répartissent en deux groupes, les élus à droite et les réprouvés à gauche; et enfin la zone supérieure, qui occupe la partie aiguë de l’ogive et dans laquelle le Christ est représenté assis avec, à droite et à gauche, des anges debout tenant les instruments de la Passion et, un peu en arrière, à droite, la Vierge et, à gauche, saint Jean l’Evangéliste, ces deux derniers personnages agenouillés et intercédant pour les humains. Les proportions différentes des figures, la sobriété de leur agencement et l’observation des règles du symbolisme font de cette scène, qui était autrefois peinte et dorée, un modèle d’iconographie catholique en même temps que de l’art sculptural au Moyen âge. Le personnage le plus grand est le Christ, dont la position des mains est sans équivoque : « voyez ce que vous m’avez fait, et maintenant voilà ce que moi je vais vous faire ! » Avec la Vierge et les saints qui implorent le pardon, il est évident qu’à la lecture d’un tel tableau, on préfère s’adresser aux saints, plutôt qu’à Dieu.

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Si l’on ne peut se fier au Fils de Dieu pour son salut, alors levons les yeux plus haut vers le ciel, vers cette rose qui surplombe la Porte du jugement de Notre Dame, pour implorer la clémence de la Reine du Ciel, qui elle saura nous entendre. Rosa mystica ou rose mystique, (du grec μυστός « mystos », mystère), est le nom symbolique de Marie dans l’Église catholique, employé dans les Litanies de Lorette. La rose, blanche, rose ou rouge, par sa couleur symbolise le Mystère de l’Incarnation ; Rosa sine spina, expression employée par saint Bernard puis par des poètes et des musiciens, comme Flos florum, fleur entre les fleurs, fleur dont l’odeur agréable ressuscite les morts, ou Rose sans épines, rosa sine spina, ceci avait un sens théologique précis et laquelle après des siècles devint le dogme catholique de l’Immaculée conception. Flores Florum, elle seule selon le dogme de l’Assomption est au Ciel avec son Corps mystique, ou glorieux, Fleur mystique parmi les fleurs du Paradis. Flos Carmeli, Fleur du Carmel évoque les liens de la Vierge Marie avec la Mystique : Rose de Saron, rose du Carmel, les fiançailles, les Noces de Dieu avec l’Eglise et la Vierge Marie. Apocalypse 17:5  Sur son front était écrit un nom, un mystère : Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre.

Le fronton des cathédrales nous en apprend donc plus sur le mystère de la Grande Prostituée que toutes les théories fumeuses que l’on peut lire sur ce sujet. En effet, dans l’iconographie médiévale, tout le monde savait que la terre était représentée par un carré et le ciel par un cercle. Le noyau de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle est octogonal, ce qui marie les deux symboles, la terre et le ciel. Plus traditionnellement, les tours carrés des cathédrales enchâsseront le cercle de la grande rose centrale de la façade. Le cheminement mystique qui mène de la terre vars le ciel, ne se fera pas de la porte centrale du Jugement vers la Rose, mais bien des portes latérales dédiées à la Vierge et ses parents, situé dans la base des tours carré qui s’élèvent vers le ciel. Le chemin du salut est donc tracé par la voie de la cathédrale qui mène à la Reine qui trône au milieu du ciel.

L’image du Christ ne s’inscrit pas dans une logique verticale qui monte au ciel, mais suit le prolongement de la nef jusqu’à l’autel où grâce au dogme inventé par Thomas d’Aquin, le pain et le vin par transsubstantiation deviendrons le corps et le sang du Christ, c’est-à-dire, selon la doctrine de cette Église, le Corps du Christ réellement présent dans l’hostie consacrée – est exposé et adoré par les fidèles. L’hostie consacrée, en devenant le corps du Christ, cesse d’être un morceau de pain. Elle n’est plus un morceau de pain, même si elle en a l’apparence.  Ainsi transformée en corps du Christ,  l’hostie consacrée, peut alors être mise dans un ostensoir pour être utilisé à l’intérieur d’une église, pour l’adoration du Saint-Sacrement, ou bien lors de processions telles que la Fête-Dieu, soixante jours après Pâques. L’ostensoir figure très souvent la forme d’un soleil, dans lequel un espace circulaire (la lunule) est aménagé au centre afin de recevoir l’hostie consacrée. La tradition veut que lorsque le Saint-Sacrement soit exposé, les croyants s’agenouillent, en marque de respect devant celui qu’ils considèrent comme étant Dieu.

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Observez la parfaite inversion des valeurs bibliques. Le ‘corps du Christ’ finit dans le symbole solaire de l’ostensoir, alors que la Vierge Marie élevée en gloire, représente, par la rose de Saron,  l’Epouse mystique. C’est ainsi qu’elle est représentée à la rue du Bac à Paris, comme image d’Apocalypse 12 où apparaît en fait la véritable Epouse du Christ. C’est de cette image blasphématoire que sera tirée la couronne qui aujourd’hui symbolise l’Europe.  La Vierge couronnée comme Reine du Ciel, représente donc symboliquement l’Eglise catholique comme corps constitué de la ‘sainte’ Mère l’Eglise.

Après avoir matérialisé Dieu dans une hostie, il paraitrait logique de faire de même pour le Saint-Esprit. « L’eau baptismale est donc consacrée à cet effet par une prière d’épiclèse, pour que la puissance du Saint-Esprit descende dans cette eau, afin que ceux qui y seront baptisés «naissent de l’eau et de l’esprit» ». Ainsi, ce qui est accompli par Dieu lui-même, directement, dans le cœur d’une personne qui croit à l’Évangile, est remplacé par l’opération magique d’un pontife (le ‘prêtre’). Opération par laquelle l’Esprit de Dieu, ayant d’abord été transféré dans l’eau, serait ensuite transféré dans le bébé. Un tel processus est absolument étranger (et contraire) à la vérité de l’évangile. Comme la religion de la Rome païenne elle-même, ce processus est inspiré des religions à mystères qu’officiaient les ‘mages’ de l’ancienne Babylone.  Le baptême chrétien, qui s’adressait strictement à des nouveaux convertis, et donc à des personnes en âge de comprendre et d’adhérer volontairement au christianisme, fut remplacé par une adaptation de la cérémonie païenne du « jour lustral » (dies lustricus), où les bébés romains étaient purifiés avec l’eau lustrale (de l’eau bénie par le ‘pontife’), recevaient leur nom et devenaient officiellement citoyens romains. Le ‘rite’ créé par cette union n’est rien d’autre qu’une caricature monstrueuse et blasphématoire du baptême chrétien; une procédure politico-religieuse, par laquelle le bébé ou l’individu devient à la fois membre de la société civile et ‘adepte’ de la religion d’État. Le baptême devient ainsi, en réalité, un rite de mort spirituelle, destiné à introniser les membres d’un empire de conquête matérielle: l’empire romain et son prolongement, l’empire catholique romain. Ceci, sous un déguisement d’Esprit et de Vie, caché sous le nom de Jésus-Christ.

Dans la tradition catholique, il existe trois types d’eau bénite : elles diffèrent entre elles, par leur usage, par la nature des éléments qui la composent, et par la bénédiction spéciale donnée à chacune d’elles. L’eau bénite, l’eau baptismale et l’eau grégorienne qui est uniquement destinée aux Églises et aux Autels. L’appellation d’eau grégorienne, il faut le souligner, n’est pas primitive. C’est le nom chrétien de l’eau lustrale des païens, qui tiraient du foyer des dieux, un tison ardent et l’éteignaient en le plongeant dans l’eau. Par analogie, ce terme d’eau lustrale fut employé jusqu’à la prescription donnée par le Pape Saint Grégoire (590-604). Le 18 juillet 601, il écrivit à Saint Mellitus, l’un des missionnaires d’Angleterre:  » Pour consacrer au culte les Temples païens convertis en églises, il faut les asperger d’eau lustrale, y ériger un Autel et y déposer des Reliques  ». Par tous ces artifices, le divin est matérialisé et devient terrestre, alors que la créature terrestre est divinisée sous la forme d’une vierge couronnée.  




Le mystère des cathédrales – 8

3072011

Le Moyen Âge a conçu l’art comme un enseignement. Le Moyen Âge eut la passion de l’ordre. Il organisa l’art comme il avait organisé le dogme, le savoir humain et la société. La représentation du sacré devient une science qui trouve son point culminant avec les cathédrales gothiques du XIIIe siècle. Les vitraux des églises et les façades sculptées étaient considérés comme «  la Bible des pauvres  ». Les gens simples apprenaient par leurs yeux tout ce qu’ils devaient savoir de leur foi. Grâce aux innombrables statues disposées dans un ordre savant, les plus hautes conceptions de la théologie catholique arrivent jusqu’aux intelligences savamment entretenues dans l’ignorance. Toutefois, quiconque arrive sans préparation devant la façade d’une cathédrale, ne saurait entrer dans ce monde fermé. Il faut un guide.

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La sculpture est une écriture sacrée dont l’artiste a donné les éléments hautement codifiés. En second lieu, l’iconographie doit obéir aux règles d’une mathématique sacrée : la place, l’ordonnance, le nombre, la symétrie y ont une importance extraordinaire. Un troisième caractère procède d’un usage symbolique. Dès le XIIe siècle, les moines de Cluny jugèrent sages de prévenir l’hérésie naissante qui préconisait au retour d’une lecture simple et directe de la Bible. Dans l’œuvre de leurs sculpteurs, ils imposèrent l’enseignement des deux principaux sacrements de l’Église : Pénitence et Eucharistie. C’est donc l’esprit clunisien qui explique le portail de Longpont selon la formule «  Visibus humanis monstratur mistica clavis  », l’œil de l’homme peut contempler ici la clef mystique.

Au XII è siècle, l’Eglise catholique avait pris le pouvoir total religieux, associant les écoles aux édifices religieux, elle contrôlait donc aussi la connaissance et la culture par ses clercs et les laïcs n’accédaient au domaine religieux que par la médiation des clercs. Bientôt elle y associa les arts nouveaux. Vers 1130, à Sens, à l’occasion de la construction de la cathédrale Saint-Étienne, un nouveau style architectural apparaît subrepticement, plus léger, plus élancé, plus lumineux. L’abbé Suger est séduit par ce nouveau style et décide de s’en inspirer pour l’achèvement de sa basilique. Avec la consécration du chœur de la basilique, les contemporains ont conscience d’assister à la naissance d’un nouveau style architectural, proprement révolutionnaire par sa hardiesse et son caractère résolument novateur. Pour Suger, la richesse du décor contribue à élever l’âme vers les choses divines. D’abord baptisé «ogival» par référence à l’ogive ou à l’arc brisé, ou encore «art français» car il est né au XIIe siècle dans le Bassin parisien, à Sens, Saint-Denis, Laon, Noyon, Paris. Il sera sous la Renaissance baptisé par dérision «art gothique» (c’est-à-dire «à peine digne des Goths»).

L’architecture gothique a eu un but : faire entrer le plus de lumière dans les cathédrales. Mais les innovations techniques avaient pour origine un changement de spiritualité. Précisons d’abord que c’est l’esthétique qui précède la technique. Un changement de spiritualité engendre une nouvelle manière de construire les édifices. Au XIIe siècle se produit une renaissance intellectuelle marquée par un regain d’intérêt pour l’Antiquité et pour les auteurs anciens comme Aristote. Les contemporains ont commencé à s’intéresser à la nature et ont eu une admiration pour le Créateur qui a su élaborer un univers aussi rationnel. Dieu est intelligent dans la mesure où il a créé une réalité rationnelle. Nous sommes dans le cœur théologique de Thomas d’Aquin.  Dieu est donc une lumière intellectuelle. Et Dieu a aussi créé la lumière physique et la raison humaine. Cette réflexion autour de l’idée de la lumière va être transposée dans l’art. Les gens du XIIe siècle veulent de la lumière car ils trouvent que les églises sont trop sombres. Ils vont donc se donner les moyens d’obtenir de la lumière.

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Le premier âge gothique (vers 1140-vers 1190) est une époque d’expérimentation au cours de laquelle se met en place le vocabulaire architectural gothique. L’art gothique s’est d’abord développé dans les villes, qui concentraient l’essentiel des richesses, et donc dans les églises cathédrales. Une cathédrale est avant tout un siège (cathèdre) du pouvoir papal, la représentation physique de l’autorité de l’Eglise catholique. Elle va aussi les utiliser pour entretenir sa dogmatique trompeuse dans les écoles associées aux édifices. Mais fera bien mieux encore, quand les cathédrales les plus grandes et les plus belles sortiront de terre au Moyen Age, elles serviront de livre, de bible de pierre et de verre, qui réécriront le cheminement de la foi pour accéder au salut.

Dans un monde où la science était cantonnée aux écoles des abbayes et cathédrales, le peuple illettré et ignorant, entretenu dans la crainte et les superstitions, était amené dans ces magnifiques édifices, œuvre de sa dévotion et de son sacrifice, pour trouver le salut. À partir du XIIe siècle le culte des reliques et des saints va atteindre une apogée avec le culte marial.  La Vierge Marie sort de la lumière de l’Évangile, par l’Annonciation et la Visitation. La légende réapparaît aux derniers moments de la Vierge: l’histoire de sa mort, de son ascension (Assomption) et son Couronnement est tout entier apocryphe. Les églises qui sont consacrées à la Vierge montrent presque toujours son Couronnement dans un tympan, dans un pignon, dans un gâble de la façade. C’est le thème central des tympans du portail de nombreuses cathédrales. Aucun sujet ne fut donc plus populaire. Aussi l’Église ne voulut-elle pas enlever aux fidèles la joie de croire au merveilleux récit de la Mort et de l’Assomption de Marie. C’est Grégoire de Tours qui fit connaître la légende dans son «  De Gloria martyrum  ».

La Mort de la Vierge n’apparaît pas dans l’art monumental avant la fin du XIIe siècle. On la voit pour la première fois, vers 1185 au linteau du portail de Senlis. Au portail de Chartres, qui date des premières années du XIIIe siècle, la scène est mieux conservée. C’est alors que commencent les funérailles de la Vierge. À Longpont, les deux scènes du linteau représentent la Dormition de la Vierge: la Mise au Tombeau, son ensevelissement par les apôtres dans la moitié nord ; la Résurrection, la scène du réveil, dans la partie sud. Ici, les crucifères représentent la divinité. Les apôtres mettent eux-mêmes le corps de la Vierge au tombeau. C’est une scène qui est souvent confondue avec la Mort de la Vierge. On peut remarquer que la Vierge n’est pas étendue sur un lit, mais suspendue au-dessus du tombeau où elle va disparaître, pendant que les apôtres, soutenant le linceul, contemplent encore un instant la Mère du Seigneur. Dans la scène de la Résurrection, deux anges tremblants de respect, enlèvent la Vierge du Tombeau. Ils la portent doucement sur un long voile, car ils n’osent toucher son corps sacré. Des apôtres pensifs méditent sur ce mystère. Après la résurrection a lieu l’Assomption.

Le couronnement de la Vierge est intimement lié à son Assomption. Emile Mâle écrit :  » Le miracle pour célébrer la Vierge au XIIe siècle fut celui de Théophile. Mais un miracle pour honorer la Vierge, ce n’était pas assez. Dans la deuxième moitié du XIIe, c’est la mort, la résurrection et l’assomption de la Vierge qui vont commencer à emplir les portails « . Il semblerait que Suger soit à l’origine du développement iconographique du couronnement de la Vierge. Puis, le thème fut repris par l’abbaye de Cluny et par son abbé Pierre le Vénérable pour combattre l’hérésie. «  Ad mensam Domini peccator quando propinquat expedit ut fraudes ex toto corde relinquat  », quand le pêcheur s’approche de la table du Seigneur, il faut qu’il demande de tout son cœur le pardon de ses fautes.

Quand Marie est arrivée au ciel, portée par les anges, Jésus la fait asseoir à sa droite sur son trône en un vêtement d’or «  Astitit regina adextris ejus, in vestitu deaurato  ». Un ange sorti du ciel place une couronne sur son front. C’est le Couronnement de la Vierge comme celui du tympan de Notre-Dame de Paris qui a été mis en place vers 1220. La formule nouvelle du Couronnement de la Vierge qu’il inaugurait a régné pendant plus d’un quart de siècle. Marie couronnée est bénie par le Christ et «  les chœurs des Bienheureux, remplis de joie, l’accompagnèrent dans le Ciel, où elle s’assit sur le trône de la Gloire, à la droite de son Fils  ». Le Couronnement vient donc d’avoir lieu, et la Vierge a pris possession du trône pour l’éternité.

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L’iconographie médiévale nous montre donc que, dans la religion catholique, la Vierge est quasiment indissociable du Christ et va tout faire pour l’y substituer: chaque église possède ou possédait sa statue de la Vierge à l’Enfant, et les autres thèmes les plus fréquemment développés sont ceux de la Nativité et de la Fuite en Égypte. Mais en même temps la Vierge acquiert un statut de reine, développé dans de nombreux écrits, et saint Bernard transforme en litanies de la Vierge les versets érotiques du Cantique des Cantiques, appliquant à Marie toutes les métaphores contenues dans le texte biblique. De très nombreuses églises et cathédrales lui sont consacrées, sous le vocable de Notre-Dame. La Cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay, sanctuaire marial, fut l’un des lieux de pèlerinage les plus importants du Moyen Âge et de la Renaissance. De plus, les Cisterciens développent la dévotion du Rosaire, reprise ensuite par les Dominicains, transformée en fête religieuse au XVIe siècle, après la victoire de Lépante (1571). Car la Vierge est maintenant associée aux combats que le catholicisme doit mener contre les hérétiques.

Jean 14:6  Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. Bien que Jésus-Christ est clairement définit son rôle dans le salut pour les hommes, les catholiques ont façonné un chemin parallèle à l’évangile, qui nie dans le fond et la forme les fondements de la foi chrétienne. Par le pape, des doctrines mensongères se développent, comme l’existence d’un purgatoire, du rachat des âmes par des indulgences et l’intercession des saints, c’est un nouveau chemin, dans le mensonge, qui mène à la mort. On ne glorifie plus le Père céleste, mais la mère de Dieu, la Reine du ciel.

Les bibles de pierre que sont les cathédrales, scelleront pour les siècles à venir ses nouveaux dogmes religieux dans les sculptures de leurs murs, ou les dessins de leurs vitraux. Leurs cloches marqueront des temps nouveaux, célébrant chaque jour un autre saint, chaque mois de nouvelles fêtes comme Noël ou l’Assomption, et même les heures du jour avec l’angélus. Le pape avait ordonné pendant la première croisade de prier la Vierge à midi pour ceux qui étaient partis. Puis le roi Louis XI de France ordonna de faire sonner l’angélus le matin, à midi et le soir.  Le légendaire marial et les récits de Miracula, qui connurent une si grande vogue aux XIIème et XIIIème siècles, prouvent combien était répandue chez les fidèles la récitation angélique. On dit que les dévots de la Vierge accompagnaient même chaque Ave d’une génuflexion, ce qui pourrait fort bien être en rapport avec l’évolution iconographique de l’Annonciation. A l’époque romane, l’ange et Marie sont debout l’un devant l’autre. Au XIIIème siècle, l’ange s’agenouille devant elle.

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